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 - 5 mars 2021 - Ste Olive
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Redemptoris missio

Chapitre 8 : La spiritualité missionnaire

87. L’activité missionnaire exige une spiritualité spécifique qui concerne en particulier ceux que Dieu a appelés à être missionnaires.

Se laisser conduire par l’Esprit

Cette spiritualité s’exprime avant tout par le fait de vivre en pleine docilité à l’Esprit, docilité qui engage à se laisser former intérieurement par lui afin de devenir toujours plus conforme au Christ. On ne peut témoigner du Christ sans refléter son image, qui est rendue vivante en nous par la grâce et par l’action de l’Esprit. La docilité à l’Esprit engage par ailleurs à accueillir ses dons de courage et de discernement, qui sont des traits essentiels de la spiritualité missionnaire.

Le cas des Apôtres est exemplaire, eux qui durant la vie publique du Maître, malgré leur amour pour lui et la générosité de leur réponse à son appel, se montrent incapables de comprendre ses paroles et réticents à le suivre sur la voie de la souffrance et de l’humiliation. L’Esprit les transformera en témoins courageux du Christ et en annonciateurs éclairés de sa Parole. C’est l’Esprit qui les conduira sur les chemins ardus et nouveaux de la mission.

Aujourd’hui comme hier, la mission reste difficile et complexe ; aujourd’hui comme hier, elle requiert le courage et la lumière de l’Esprit. Nous vivons souvent le drame de la première communauté chrétienne, qui voyait des foules incrédules et hostiles « se rassembler de concert contre le Seigneur et contre son Oint » (Ac 4,26). Comme hier, il faut prier pour que Dieu nous donne l’audace de proclamer l’Evangile ; il faut scruter les voies mystérieuses de l’Esprit, et se laisser conduire par lui à toute la vérité (cf. Jn 16,13).

Vivre le mystère du Christ « envoyé »

88. La communion intime avec le Christ est un élément essentiel de la spiritualité missionnaire : on ne peut comprendre ni vivre la mission qu’en se référant au Christ comme à celui qui a été envoyé pour évangéliser. Paul en décrit les comportements : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix » (Ph 2,5-8).

Ici se trouve décrit le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption comme dépouillement total de soi qui amène le Christ à vivre pleinement la condition humaine et à adhérer jusqu’au bout au dessein du Père. Il s’agit d’un anéantissement qui est toutefois empreint d’amour et qui exprime l’amour. La mission parcourt ce même chemin et a son aboutissement au pied de la Croix.

Il est demandé au missionnaire de « renoncer à lui-même et à tout ce qu’il a possédé jusque-là, et de se faire tout à tous »172, dans la pauvreté qui le rend libre pour l’Evangile, dans le détachement des personnes et des biens de son milieu pour se faire le frère de ceux à qui il est envoyé et leur apporter le Christ sauveur. C’est à cela que tend la spiritualité du missionnaire : « Je me suis fait faible avec les faibles... Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Evangile... » (1 Co 9, 22-23).

Précisément parce qu’il est « envoyé », le missionnaire expérimente la présence réconfortante du Christ qui l’accompagne à tout instant de sa vie : « N’aie pas peur... car je suis avec toi » (Ac 18,9-10), et il l’attend au cœur de tout homme et de tout peuple.

Aimer l’Eglise et les hommes comme Jésus les a aimés

89. La spiritualité missionnaire est caractérisée également par la charité apostolique, celle du Christ venu « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52), du Bon Pasteur qui connaît ses brebis, qui les cherche et qui offre sa vie pour elles (Jn 10). Celui qui a l’esprit missionnaire éprouve le même amour que le Christ pour les âmes et aime l’Eglise comme le Christ.

Le missionnaire est poussé par le « zèle pour les âmes », qui s’inspire de la charité même du Christ, faite d’attention, de tendresse, de compassion, d’accueil, de disponibilité, d’intérêt pour les problèmes d’autrui. L’amour de Jésus pénètre en profondeur : lui qui « connaissait ce qu’il y avait dans l’homme » (Jn 2,25), aimait tous les hommes en leur offrant la rédemption et souffrait quand on refusait le salut.

Le missionnaire est l’homme de la charité : pour pouvoir annoncer à chacun de ses frères qu’il est aimé de Dieu et qu’il peut lui-même aimer, il doit faire preuve de charité envers tous, dépensant sa vie pour son prochain. Le missionnaire est le « frère universel », il porte en lui l’esprit de l’Eglise, son ouverture et son intérêt envers tous les peuples et tous les hommes, spécialement les plus petits et les plus pauvres. Comme tel, il dépasse les frontières et les divisions de race, de caste ou d’idéologie : il est signe de l’amour de Dieu dans le monde, c’est-à-dire de l’amour sans aucune exclusion ni préférence.

Enfin, comme le Christ, il doit aimer l’Eglise : « Le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle » (Ep 5,25). Cet amour, qui va jusqu’au don de la vie, est pour lui un point de repère. Seul un profond amour pour l’Eglise peut soutenir le zèle du missionnaire ; son obsession quotidienne est - comme le dit saint Paul - « le souci de toutes les Eglises » (2 Co 11, 28). Pour tout missionnaire, « la fidélité au Christ est inséparable de la fidélité à son Eglise »173.

Le véritable missionnaire, c’est le saint

90. L’appel à la mission découle par nature de l’appel à la sainteté. Tout missionnaire n’est authentiquement missionnaire que s’il s’engage sur la voie de la sainteté : « La sainteté est un fondement essentiel et une condition absolument irremplaçable pour l’accomplissement de la mission de salut de l’Eglise »174.

La vocation universelle à la sainteté est étroitement liée à la vocation universelle à la mission : tout fidèle est appelé à la sainteté et à la mission. Ainsi, le Concile souhaitait ardemment, « en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Evangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Eglise »175. La spiritualité missionnaire de l’Eglise est un chemin vers la sainteté.

L’élan renouvelé vers la mission ad gentes demande de saints missionnaires. Il ne suffit pas de renouveler les méthodes pastorales, ni de mieux organiser et de mieux coordonner les forces de l’Eglise, ni d’explorer avec plus d’acuité les fondements bibliques et théologiques de la foi : il faut susciter un nouvel « élan de sainteté » chez les missionnaires et dans toute la communauté chrétienne, en particulier chez ceux qui sont les plus proches collaborateurs des missionnaires176.

Rappelons-nous, chers Frères et Sœurs, l’élan missionnaire des premières communautés chrétiennes. Malgré la pauvreté des moyens de transport et de communication d’alors, l’annonce de l’Evangile a atteint en peu de temps les limites du monde. Et il s’agissait de la religion d’un Homme mort en croix, « scandale pour les Juifs et folie pour les païens » ( 1 Co 1, 23 ) ! A la base de ce dynamisme missionnaire, il y avait la sainteté des premiers chrétiens et des premières communautés.

91. C’est pourquoi je m’adresse aux baptisés des jeunes communautés et des jeunes Eglises. C’est vous qui êtes, aujourd’hui, l’espérance de notre Eglise, qui a deux mille ans : étant jeunes dans la foi, vous devez être comme les premiers chrétiens et rayonner l’enthousiasme et le courage, en vous donnant généreusement à Dieu et au prochain ; en un mot, vous devez vous mettre sur la voie de la sainteté. Ce n’est qu’ainsi que vous pouvez être des signes de Dieu dans le monde, et revivre dans vos pays l’épopée missionnaire de l’Eglise primitive. Vous serez aussi des ferments d’esprit missionnaire pour les Eglises plus anciennes.

Que les missionnaires, de leur côté, réfléchissent sur le devoir de la sainteté que le don de la vocation leur demande, en se renouvelant de jour en jour par une transformation spirituelle et en mettant à jour continuellement leur formation doctrinale et pastorale. Le missionnaire doit être « un contemplatif en action ». La réponse aux problèmes, il la trouve à la lumière de la parole divine et dans la prière personnelle et communautaire. Le contact avec les représentants des traditions spirituelles non chrétiennes, en particulier celles de l’Asie, m’a confirmé que l’avenir de la mission dépend en grande partie de la contemplation. Le missionnaire, s’il n’est pas un contemplatif, ne peut annoncer le Christ d’une manière crédible ; il est témoin de l’expérience de Dieu et doit pouvoir dire comme les Apôtres : « Ce que nous avons contemplé..., le Verbe de vie..., nous vous l’annonçons » ( 1 Jn 1,1-3).

Le missionnaire est l’homme des Béatitudes. Avant de les envoyer évangéliser, Jésus instruit les Douze en leur montrant les voies de la mission : pauvreté, douceur, acceptation des souffrances et des persécutions , désir de justice et de paix, charité, c’est-à-dire précisément les Béatitudes, réalisées dans la vie apostolique (cf. Mt 5,1-12). En vivant les Béatitudes, le missionnaire expérimente et montre concrètement que le Règne de Dieu est déjà venu et qu’il l’a déjà accueilli. La caractéristique de toute vie missionnaire authentique est la joie intérieure qui vient de la foi. Dans un monde angoissé et oppressé par tant de problèmes, qui est porté au pessimisme, celui qui annonce la Bonne Nouvelle doit être un homme qui a trouvé dans le Christ la véritable espérance.


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