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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

Saint Augustin, évêque et docteur de l’Eglise,

Les invectives de Jésus contre les scribes et pharisiens ne sont pas des malédictions, mais constituent une longue lamentation de Notre-Seigneur sur leur religiosité à ce point formelle qu’elle en est devenue une caricature de la foi. Celle-ci en effet ouvre les portes du Royaume des cieux, alors que leur doctrine compliquée les « ferme à clef devant les hommes ». Or la seule attitude qui peut empêcher d’accéder au salut, est le refus de le recevoir, et de le recevoir tel qu’il se donne, c’est-à-dire gratuitement. Ce que Jésus reproche donc implicitement aux chefs religieux de son époque, c’est de vouloir mériter le salut. Hélas une telle attitude, qui prétend « libérer » l’homme de la dépendance servile d’un Dieu dont il serait éternellement redevable, l’enferme tout au contraire dans la prison de la solitude ; elle le « voue à la géhenne », ou en d’autres termes : elle le condamne à l’absurdité d’une vie insensée. Car Dieu nous a créés « vers lui » (S. Augustin), de manière à ce que nous puissions nous jeter dans les bras qu’il nous tend, dans un élan filial de reconnaissance ; et trouver en lui, dans l’étreinte d’amour à laquelle il nous invite, notre accomplissement et notre béatitude éternelle : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (S. Augustin, Confessions, I, 1).
Le bonheur pour l’homme créé à l’image de Dieu, est de consentir à la logique de l’amour ; logique du don réciproque et de la dépendance mutuelle délibérément choisie. Le malheur - tous nos malheurs - procède du refus de cette finalité surnaturelle de notre existence, et de l’enfermement dans l’immanence de notre vie naturelle. De plus, la négation de la transcendance du Dieu de la Révélation conduit tôt ou tard à l’idolâtrie de la création et aboutit à la théurgie (auto-divinisation de l’homme). L’actualité de ce constat n’est hélas plus à souligner : l’athéisme du début du XXe s. n’a pas tardé à se transformer en anthropothéisme triomphant. Mais ce processus n’aurait pas pu s’enclencher, si la foi au Dieu de la Révélation biblique ne s’était pas réduite à un simple déisme ; si le christianisme d’un grand nombre ne s’était pas dégradé en une religiosité formelle ayant perdu son âme, ne vivant plus de la relation d’amour avec le Christ Jésus, reconnu comme Seigneur et Sauveur.
C’est ce genre de dérive que dénonce Notre-Seigneur dans ses invectives adressées aux scribes et pharisiens : leur intérêt est passé subtilement de « Celui qui siège dans le Temple sur le trône divin » - allusion à la vision du Dieu trois fois saint, c’est-à-dire absolument transcendant d’Isaïe (Is 6, 1-4) - à ce qui est posé en offrande sur son autel. Sans doute Jésus fustige-t-il la convoitise de ses interlocuteurs que l’appât du gain rend « insensés et aveugles » ; mais l’allusion à la sacralité des offrandes semble inclure une dénonciation de l’idolâtrie des créatures. Celles-ci n’ont en elles-mêmes aucun caractère « sacré » et ne méritent aucunement qu’on s’y attache. Ce n’est que lorsqu’elles sont perçues comme des dons de Dieu pour lesquels nous lui rendons grâce sur l’autel de notre cœur, dans le temple de notre intériorité, que ces mêmes créatures prennent une valeur « religieuse » - au sens où elles nous relient à Dieu, source de tout bien.
Dieu seul est saint ; lui seul est digne de notre louange, de notre adoration ; à lui revient tout honneur et toute gloire. C’est par lui que subsistent toutes choses, qui reçoivent à chaque instant de lui « la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28). Tout l’univers proclame « sa puissance éternelle et sa divinité. Ils n’ont donc pas d’excuse ceux qui ont connu Dieu sans lui rendre la gloire et l’action de grâce que l’on doit à Dieu. Ils se sont laissés aller à des raisonnements qui ne mènent à rien, et les ténèbres ont rempli leurs cœurs sans intelligence. Ces soi-disant sages sont devenus fous ; ils ont changé la gloire du Dieu immortel contre des idoles représentant l’homme mortel, ou des oiseaux, des bestiaux et des serpents » (Rm 1,20-23). Tel n’est pas le dessein de Dieu notre Père, ni son appel sur nous ; lui qui veut que « Notre-Seigneur Jésus ait sa gloire en nous, et nous en lui ; voilà ce que nous réserve la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus-Christ » (1ère lect.).

« Seigneur notre Dieu, nous le croyons : "nous sommes créés pour te louer, te respecter et te servir, et par là sauver notre âme. Les autres choses sur la face de la terre sont créées pour nous, pour nous aider à poursuivre la fin pour laquelle tu nous as créés" (Saint Ignace de Loyola, Principe et fondement des Exercices spirituels). Donne-nous de ne pas les idolâtrer, mais d’ "en user dans la mesure où elles sont une aide pour notre fin, et de nous en dégager dans la mesure où elles lui sont un obstacle" (Ibid.). Garde-nous de toute hypocrisie, de toute religiosité mensongère par laquelle nous prétendrions nous justifier devant toi par nos œuvres, dans le seul but d’échapper à la bienheureuse dépendance de ton amour miséricordieux, que tu nous as révélé en Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur bien-aimé ».


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