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 - 9 février 2023 - Sainte Apolline
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Homélie

mardi, 27ème semaine du temps ordinaire

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Auteur :

Père Joseph-Marie, fsj

La bible:

Pour répondre au légiste qui l’interrogeait sur le précepte de la charité, Jésus vient de raconter la parabole du « bon Samaritain ». Il termine le dialogue en exhortant son interlocuteur à (littéralement) se mettre en route pour faire de même. L’évangéliste poursuit par ces mots : « Or comme ils (Jésus et le légiste) faisaient route » (il s’agit du même verbe), il entra dans un village ». Tout porte donc à penser que la suite va nous permettre d’assister à la mise en pratique de la parabole.
Les deux récits sont unis par la conjonction « or » qui marque une opposition entre ce qu’elle introduit et ce qui précède. Seulement voilà : les deux péricopes ne sont pas du même genre littéraire ! Comment opposer une parabole à un événement historique ? Un tel rapprochement n’est possible qu’à condition d’élever la rencontre entre Jésus, Marthe et Marie, au niveau d’un récit normatif, qui fasse référence pour l’Eglise de tous les temps, au même titre que la parabole du bon Samaritain. Reste à préciser en quoi ces deux récits se complètent et ce que leur rapprochement veut nous enseigner.
La place hégémonique de Marthe frappe d’emblée : elle est nommée en premier et l’évangéliste précise qu’elle accueille Jésus dans « sa » maison. Marie n’est identifiée qu’en second lieu et relativement à sa sœur Marthe. Apparemment Marie est plutôt effacée : elle laisse toute initiative à sa sœur - que l’on suppose spontanément être l’aînée - et ne souffle mot. Cependant, même si c’est Marthe qui occupe le devant de la scène, c’est bien vers Marie que le Seigneur tourne nos regards : c’est elle qui ultimement est mise au centre et proposée comme modèle.
Pourtant son comportement est pour le moins déconcertant : sans se soucier des préparatifs du repas, « elle se tient assise aux pieds du Seigneur et écoute sa parole », alors que sa sœur s’active aux « multiples occupations du service ». L’« injustice » est trop flagrante pour être passée sous silence. Comment le Maître peut-il s’entretenir paisiblement avec Marie, alors que sa pauvre sœur s’agite fébrilement à ses fourneaux ? Il fallait que la crise éclate. N’y tenant plus, Marthe interpelle vivement Jésus et lui demande des comptes : en ne réagissant pas devant la passivité de Marie, ne se rend-il pas complice d’une partialité ?
Soulignons que le titre « Seigneur » utilisé par Marthe n’était pas d’usage au temps de la vie publique, ce qui souligne que le récit évangélique nous donne une relecture de l’événement par la jeune Eglise. C’est le Seigneur de gloire, le Ressuscité d’entre les morts, qui est invité à donner son appréciation sur la situation et à juger le comportement de Marie. Or à la surprise de Marthe - et de beaucoup d’entre nous sans doute ? - son attitude est désavouée et c’est Marie qui est proposée en modèle. Lorsque le Seigneur de gloire entre sous notre toit, il est vain de s’agiter : le disciple est tout au contraire invité à se recueillir et à se disposer à l’écouter. Ce n’est pas nous qui apprêtons une table au Seigneur, mais lui qui vient nous rassasier du Pain de sa Parole et de son Eucharistie.
Fort bien ; mais comment articuler cet enseignement avec la mise en pratique de la parabole du bon Samaritain ? La seule manière de concilier les deux récits consiste à maintenir une distinction entre le « Seigneur » et nos frères en humanité. Certes, en chacun de ceux-ci, c’est bien lui, Jésus, que nous servons. Et pourtant il est indispensable de réserver aussi des temps d’intimité gratuite avec le Seigneur ressuscité, afin précisément de laisser sa Parole agir en nous, et de nous rassasier de son Eucharistie. Comment pourrions-nous assurer le ministère de bon Samaritain si ce n’est dans la force de l’Esprit qui nous unit au Christ et lui permet d’agir en nous ? Qui ne voit la présomption de celui qui se prétendrait capable d’un service vraiment désintéressé en puisant dans sa seule générosité naturelle ?
Au terme de notre lecture, il apparaît que les deux récits - le « bon Samaritain » et la visite de Jésus chez Marthe et Marie - constituent un dytique confié à l’Eglise de tous les temps. Au cœur du monde, la philanthropie du chrétien devrait briller d’un éclat particulier, au point de mériter un nom nouveau : la charité. Cet amour surnaturel, le disciple ne le tire pas de son propre fond, mais il le boit à sa Source, c’est-à-dire au Cœur ouvert de son Seigneur, longuement contemplé dans le silence d’une écoute adorante.

« Seigneur, emportés par la fébrilité de nos vies trépidantes, nous avons du mal à nous arrêter pour demeurer “assis à tes pieds et écouter ta Parole”. Donne-nous le courage et la force de “décrocher”, d’affronter le silence, de descendre dans notre cœur profond pour y découvrir ta présence et nous recueillir en toi. Nous le savons bien : “Hors de toi nous ne pouvons rien faire” (Jn 15,5) ; la fécondité de nos vies dépend de notre degré d’union avec toi. Aussi nous te supplions : envoie sur nous ton Esprit ; qu’il nous prenne par la main et nous conduise avec patience jusqu’au plus intime de notre être où tu nous attends pour “prendre ton repas avec nous et nous avec toi” (Ap 3,20). »


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