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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Saint Bernardin de Sienne, prêtre,

L’interrogation des pharisiens en dit long sur leur évaluation du Rabbi Jeshua. Bien sûr qu’ils connaissent la réponse que donne Dt 24,1. S’ils posent néanmoins cette question, c’est donc qu’ils soupçonnent le Maître de ne pas être d’accord avec ce verset. N’oublions pas que Jésus vient de tenir des propos très exigeants : « Si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne » (Mc 9,47). S’il met la barre à une telle hauteur, il y a peu de chance que le Rabbi permette la répudiation ! Voilà donc une bonne occasion de montrer publiquement que son intransigeance n’a rien d’inspiré, puisqu’elle contredit la loi de Moïse.
Les pharisiens sont tellement aux aguets du faux pas de Jésus, qu’il n’entendent même pas la question qu’à son tour il leur pose, ou plutôt qu’ils l’entendent mal. Jésus leur demande ce que Moïse leur a prescrit, et ils répondent : « Moïse a permis ». Ils auraient du répondre : « Tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain » (Dt 5, 18.21). Voilà ce que Moïse avait prescrit de la part du Dieu d’Israël. Traduit en langage positif, cela nous donne : « Tu seras fidèle à la femme de ta jeunesse, celle qui fut ta compagne et la femme de ton alliance » (Ml 2, 14). Là où ses interlocuteurs cherchent à exploiter au maximum les « tolérances » de la Loi, Jésus veut les ramener au sens profond des préceptes divins. Ceux-ci ne veulent pas restreindre notre liberté, mais délimiter l’espace de son exercice, afin qu’elle ne se perde pas dans le vide, ou qu’elle ne se tourne pas contre nous, mais soit au service du bien, c’est-à-dire de la charité.
Certes, suite à la sclérocardia (sclérose du cœur) due au péché, Moïse a été obligé de faire des concessions : il « a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation ». Cependant Dieu attend de nous qu’avec l’aide de sa grâce, nous poursuivions notre effort pour demeurer fidèles à son projet initial sur l’humanité. Si des écarts sont tolérés, dans des conditions bien définies, c’est uniquement pour ne pas décourager les plus faibles ; mais si l’exception devient la règle, le risque est grand que nous perdions de vue l’horizon de sainteté vers lequel la Loi entend nous conduire. D’où le vigoureux appel de Jésus : « Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ». Notre-Seigneur ne s’inscrit pas en faux contre la Loi : son argumentation remonte tout au contraire jusqu’à sa raison d’être, à savoir le service du dessein originel du Créateur sur l’homme et la femme.
Ce qui est permis ne doit donc pas nous détourner de ce qui est prescrit. Les manquements à l’amour sont inévitables, mais la miséricorde envers nos faiblesses n’abroge pas l’obligation de poursuivre notre effort sur le chemin de la charité parfaite.
L’actualité de cette parole est trop criante pour qu’il soit nécessaire d’insister. A force de légaliser les concessions en matière de morale, tout semble permis, et l’inertie du péché entraîne notre société irrésistiblement à la dérive de ses passions non réfrénées. Ce qui était à l’origine considéré comme un « crime », devient un délit dépénalisé, puis avec le temps et la banalisation un fait toléré, bientôt une pratique reconnue, et enfin un droit définitivement acquis. Il est important que le chrétien se souvienne que ce que permet la loi civile n’oblige pas ; et même si elle venait un jour à obliger contre la voix de notre conscience, c’est cette dernière qui doit toujours avoir le dernier mot, car « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

« En ce temps de dérive morale, apprends-nous Seigneur à revenir à ta Parole qui est lumière sur nos pas, afin d’orienter notre vie selon ta sagesse plutôt que selon les opinions fluctuantes de ce monde aveuglé. Tu nous as avertis : “Ce sont des guides aveugles pour des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous les deux dans un trou” (Mt 15,14). Aussi je te prie avec le Psalmiste : “Montre-moi la voie de tes préceptes, que je médite sur tes merveilles. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur. Guide-moi sur la voie de tes volontés, là je me plais” (Ps 118). »


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