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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

Solennité de la Sainte Trinité.

Que savons-nous de Dieu ? Si nous nous appuyons sur nos propres recherches, à vrai dire bien peu de choses. Certes les livres que les hommes ont écrits sur Lui ont rempli des bibliothèques, mais comment savoir ce qui est vrai parmi tant d’opinions diverses, souvent même contradictoires ? La seule voie d’accès à Dieu semble être la voie apophatique, qui consiste à partir de la nature visible pour nous élever vers un Premier Principe confusément pressenti, tout en respectant sa transcendance absolue. En clair : tout ce que nous percevons autour de nous, trouve sa source en Dieu, mais aucune des qualités que nous attribuons à ce monde, ne s’applique en tant que telle à Dieu, car il dépasse infiniment tout ce que nous pouvons concevoir.
Etonnant paradoxe : serions-nous voués à l’ignorance en ce qui concerne Celui qui à chaque instant nous donne « la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28) ? Saint Paul, à la suite de l’auteur du livre de la Sagesse (Sg 13, 1-9), affirme que nous pouvons acquérir la certitude rationnelle de l’existence de Dieu (Rm 1,19-21) ; mais nous aimerions être rassurés quant à ses dispositions envers les pauvres créatures que nous sommes.
Puisque le monde extérieur ne répond pas à cette question, cherchons donc sur les chemins de l’intériorité. Si nous fermons les yeux et plongeons en nous-mêmes pour écouter la voix de notre conscience, quelle que soit notre race, langue, culture, nous entendrons tous l’appel à faire le bien et à éviter le mal - indépendamment de ce que les traditions religieuses mettent dans ces catégories. Dès lors si nous qui sommes mauvais (cf. Mt 7,11), nous avons la certitude qu’il nous faut tendre au bien, comment Dieu ne serait-il pas bienveillant pour ses créatures ? Enfin si pour tout homme l’amour est la valeur suprême, comment le Premier Principe - qui est nécessairement la perfection suréminente de toutes les valeurs - ne serait-il pas amour ?
Cet effort de réflexion nous a sans doute quelque peu rassurés, mais nous aimerions avoir la certitude de ne pas être dans l’illusion. Car toute cette construction rationnelle pourrait bien n’être qu’un mythe dans lequel nous exprimons notre désir ? Pour vérifier ce que nous avançons, il faudrait que Dieu lui-même vienne témoigner au milieu de nous et nous dise qui il est.
Or nous croyons précisément que le Très-Haut a pris cette initiative inouïe. Il a franchi l’abîme ontologique qui nous séparait de lui. Sortant de son silence, il s’est révélé à Abraham et aux Patriarches. A Moïse il a même laissé sa carte d’identité : « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité » (1ère lect.). Et il nous a préparé par les prophètes dans l’espérance d’une rencontre qui comblerait enfin notre attente.
Quand vint enfin l’heure de la réalisation de la promesse, l’Eternel a dépassé nos rêves les plus audacieux. « Lorsque les temps furent accomplis, il a envoyé son Fils, né d’une femme » (Ga 4,4) pour nous manifester son amour de Père. Le Très-Haut nous révèle sa bienveillance en venant partager notre condition d’homme, afin de pouvoir nous donner part à sa condition divine. Bien plus : pour nous rétablir dans notre dignité filiale, le Christ Jésus Notre-Seigneur assume jusqu’au bout les conséquences de nos égarements, nous purifiant par son sacrifice rédempteur.
Etonnant mystère : Dieu nous a sauvé alors que nous étions encore ses ennemis (cf. Rm 5,8), afin qu’éblouis par sa miséricorde, nous revenions à lui dans la foi, échappant ainsi au jugement. Oui nous le croyons : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ».
Il est clair qu’une telle conception de Dieu dépasse infiniment tout ce que nous avions pu concevoir ou imaginer ; mais précisément : n’est-il pas le Tout-Autre, l’au-delà de tout, l’Inconnaissable qui seul peut révéler son mystère ? Et la preuve que nous ne sommes pas dans l’illusion, c’est que l’Esprit lui-même témoigne au fond de nos cœurs que « Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de ce Dieu » (Phi 2, 11) que nous pouvons désormais appeler « Abba : Père » (Ga 4,6).
Ce témoignage de l’Esprit n’est cependant perceptible que si nous n’étouffons pas sa voix par une conduite indigne de disciples du Christ. Par contre si nous cherchons à vivre dans l’accord mutuel comme des enfants d’un même Père, Dieu lui-même « marchera au milieu de nous, pardonnant nos fautes et nos péchés, et faisant de nous un peuple qui lui appartienne » (1ère lect.).
Tout cela est bien sûr de l’ordre de la foi : aucune « preuve » ne peut être contraignante dans ce domaine, car si la foi est appelée à s’accomplir dans la charité, elle doit nécessairement demeurer un acte de liberté. Or si nous pouvions « démontrer » la vérité de la proposition évangélique, la contrainte rationnelle envahirait l’espace du choix, et éliminerait par le fait même la possibilité du don par amour.
La foi constitue précisément l’option fondamentale par laquelle nous décidons librement de reconnaître en Jésus-Christ l’Envoyé du Père, celui qui nous révèle son dessein d’amour ; dans le même élan, la foi est aussi l’option par laquelle nous consentons à nous laisser conduire par l’Esprit sur le chemin de la vérité et de la vie que nous trace l’Evangile.
Cette grâce de la foi nous vient par l’Eglise et se vit en Eglise. C’est en elle que le désir de Dieu et le désir de l’homme se rencontrent pour une étreinte qui ne s’accomplira pleinement que dans les noces éternelles. Mais il ne s’agit pas d’une béatitude individuelle : créé à l’image de Dieu, l’homme est appelé à trouver sa plénitude dans les relations qui l’unissent inséparablement aux Personnes divines et à chacun de ses frères. C’est par « la communion dans l’Esprit Saint » que nous participons à « la grâce du Seigneur Jésus-Christ » et que nous entrons dans « l’amour de Dieu (le Père) » (2nd lect.). Les trois termes : « grâce, amour et communion », attribués chacun à une Personne particulière par Saint Paul, sont en fait quasi synonymes. La « grâce » est attribuée au Fils car c’est par lui que sont venues « la grâce et la vérité » (Jn 1,17) ; la « communion » est attribuée à l’Esprit car c’est lui qui est notre unité ; et « l’amour » est attribué au Père, car il est la Source d’où procède tout bien et le terme ultime vers qui tout converge, et en qui nous trouverons notre plénitude.
La foi est donc appelée à trouver son accomplissement dans l’amour : « Vivez dans la charité (“soyez d’accord entre vous”) et dans la paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous », nous dit en substance l’Apôtre. Non pas que la venue du Seigneur dépende de nos efforts, mais « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4,16). Anticipant notre question : « A quoi reconnaîtrons-nous cette présence divine ? », Saint Jean précise : « Nous reconnaissons que nous demeurons en lui, et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit » (1 Jn 4,16) ; et l’Esprit se trahit à l’onction de paix dont il oint la communauté rassemblée dans la charité.
Dans la perspective néo-testamentaire, la perfection de l’homme créé à l’image de Dieu ne réside pas dans l’accomplissement individuel de la liste exhaustive des préceptes. Elle ne peut se trouver que dans une vie relationnelle fondée sur la loi du don, à l’instar des échanges au sein de la Trinité. Le secret de la vraie joie, réside dans une foi vivante par la charité ; joie de l’Esprit dont Jésus veut que nous soyons comblés (Jn 16,22-24), parce qu’elle est la demeure du Père.
« Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère. Donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l’éternelle Trinité, en adorant son Unité toute-puissante. Accorde-nous de marcher fidèlement en ta présence tous les jours de notre vie, sur le chemin que nous ouvre ton Fils et sous la conduite de l’Esprit d’amour, afin d’arriver sans encombre jusqu’à toi, et de te glorifier éternellement pour ta miséricorde. »


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