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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

vendredi, 22ème semaine du temps ordinaire

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Auteur :

Frère Dominique, fsj

La bible:

La critique vient à petits pas : « On disait un jour à Jésus ». L’introduction semble anecdotique ; d’ailleurs la remarque ne concerne que les disciples de Jésus et ne remet pas directement en cause l’enseignement du maître. Pour avoir déjà lu l’évangile jusqu’au bout, nous savons pourtant qu’après les pratiques des disciples, c’est bientôt l’attitude de Jésus lui-même qui va être dénoncée… Ainsi naît la critique. Elle s’attaque hypocritement à des aspects marginaux pour être acceptée, pour se rendre familière et se montrer inoffensive, puis, quand son dynamisme est admis, elle poursuit son but et ferre sa proie.

Mais nous n’avons pas à blâmer les opposants du Seigneur : en matière de pratique religieuse, l’ambiance générale se prêtait à ce genre de discussions. Il avait en effet dans le judaïsme plusieurs écoles qui toutes s’impliquaient avec zèle dans le respect de la Loi. La discussion portait souvent sur les moyens que l’on pouvait trouver d’en faire plus, au lieu de rester dans la simple limite des prescriptions. Qu’au moins ce zèle réveille en nous ce qui doit l’être. L’amour cherche toujours à se manifester davantage, il veut toujours se donner davantage.

Il est donc question du jeûne, que les disciples de Jésus ne semblent pas pratiquer. Jésus explique qu’il ne rejette pas le jeûne mais il rappelle les limites de son application : on ne jeûne pas les jours de fête. Quand l’Époux est présent, on célèbre la fête, il serait inconvenant d’agir autrement. Cette réponse laisse son auditoire sans voix ; elle ne saurait être contredite tant elle est vraie, mais que dire de l’identité de l’Époux, comment admettre que Jésus s’identifie à lui ?

Voyant leur perplexité (leur embarras peut-être), Jésus leur propose une parabole qui explique l’incompatibilité du Royaume avec le monde ancien. Les choses les plus simples sont souvent les plus difficiles à intégrer : le monde ancien est ancien, il ne peut que vieillir puisqu’il est déjà vieux ; le Royaume que Jésus inaugure est nouveau ; ce qui est nouveau n’est pas connu à l’avance puisque c’est nouveau.

Pour expliquer ces choses simples, Jésus choisit des images simples. On ne rapièce pas un vieux manteau avec un morceau d’étoffe neuf : il craque. On ne met pas du vin nouveau dans des outres anciennes : elles explosent. De même, on ne peut demander à Jésus son Esprit si l’on n’est pas décidé à tout quitter de ce qui nous attache au monde ancien. Les deux ne peuvent cohabiter, la nouveauté du Christ ne s’accommode jamais d’être enfermée dans l’ancien.

Le dernier verset nous montre comment cette évidence exige un engagement résolu de notre part : « jamais celui qui a bu du vieux ne désire du nouveau ». Voilà qui est un peu déroutant. Nous savons que nous sommes enlisés dans le monde ancien, alors comment pourrions-nous désirer le monde nouveau ? Cela n’est pas possible, semble dire Jésus. Ce n’est donc pas le désir qui serait le premier moteur de notre conversion, mais l’engagement de notre liberté. Nous avons à choisir librement de nous fier à la Parole d’un autre, Jésus, plus qu’à notre expérience. Nous avons à concrétiser la confiance que nous lui faisons dans une démarche de foi, dans un abandon obéissant à sa Parole. Tel est le chemin que Jésus ouvre devant ceux qui le questionnent, tel est le chemin qui s’ouvre chaque jour devant nous. Jésus se présente comme l’époux de nos âmes ; à nous d’agir ensuite en conséquence. À nous de choisir de nous conformer à son enseignement, à nous d’accueillir librement son Esprit. Il s’agit d’un choix et d’un combat. Le vieil homme est en effet totalement étranger à la joie des noces de l’Agneau et il résiste de toute sa force à cette perspective. Notre obéissance prend donc forme dans un arrachement à ce qui est vieux en nous pour accueillir la nouveauté que donne le Christ.

Jésus ne nous laisse cependant pas sans appui. À ceux qui se laissent bouleverser par sa parole, il donne un avant-goût du Royaume, propre à faire découvrir la nouveauté, propre à susciter notre désir de le rejoindre. Par exemple, nous sommes rassemblés en ce jour pour rompre ensemble le pain des anges, pour déjà prendre place au banquet auquel nous sommes invités. Il nous reste bien du chemin à faire, mais déjà nous goûtons le don de Dieu dans sa plénitude.

Que cette eucharistie soit notre action de grâce pour la bonté de notre Seigneur. Qu’elle nous donne le goût des choses célestes et réveille notre appétit de revêtir le vêtement nouveau, le vêtement du salut, et de participer éternellement au banquet des noces de l’Agneau.


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