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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

Férie de Carême

« Il est urgent que le monde découvre que le christianisme est la religion de l’amour ! » lançait fort à propos le pape Jean-Paul II, à l’heure où la religion chrétienne est rabaissée caricaturalement à un moralisme étouffant et à un ritualisme étriqué. Au cœur de la charte de la Nouvelle Alliance, Jésus nous dit tout simplement : « Ayez du cœur comme votre Père a du cœur ». N’est-ce pas cela avant tout « être miséricordieux » ? Littéralement il s’agit d’une qualité d’âme qui consiste à se rendre proche, à communier à la misère de son prochain, à compatir intimement avec lui au point de prendre sur soi le joug qui l’écrase. Bien sûr au sens usuel du terme, la miséricorde est assimilée au pardon divin, mais précisément : y a-t-il une misère plus grande que le péché, qui m’aliène de Dieu, me coupe des autres, m’isole dans la solitude de ma culpabilité et de mon remord ? N’est-ce pas en se rendant proche de moi jusque dans la faute qui m’éloigne de lui, que Dieu en Jésus-Christ m’offre la réconciliation ?
« Ayez du cœur » : cette injonction de Notre-Seigneur fait suite à un autre défi, qu’il tend probablement à expliciter : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Le rapprochement de ces deux versets nous suggère que Dieu est avant tout un cœur brûlant d’amour, ou pour le dire au moyen d’une image plus biblique, Dieu est « entrailles de tendresse ». Paraphrasant le disciple que Jésus aimait parce qu’il avait compris que « Dieu est amour » (1 Jn 4,8), saint Augustin écrit : « Aime et fais ce que tu veux ». Si nous nous laissons envahir par l’Esprit de charité qui éveille en nous notre capacité filiale d’aimer, la flamme de l’amour éclairera les événements, de manière à nous permettre de discerner ce qu’il convient de faire.
En quelques mots très simples, Notre-Seigneur explicite ce qu’il entend par cet appel à l’amour. Spontanément nous pensons aux grandes œuvres réalisées par les Mère Térésa et autres géants de la charité - témoins indispensables de ce que l’Esprit peut réaliser dans la vie d’un homme ou d’une femme qui se livrent à lui. Mais le danger de regarder « si haut » est soit de nous décourager, soit de nous disculper à peu de frais, prétextant que cette voie serait réservé à une élite, prédestinée par Dieu. Or si Jésus ne demande effectivement pas à tout le monde de vendre tous ses biens et de les donner aux pauvres, il nous demande néanmoins à tous d’« avoir du cœur » au quotidien. Pour bien se faire comprendre, il précise son propos par quelques préceptes qui sont à la portée de tout homme de bonne volonté, ne refusant pas l’assistance de l’Esprit : « ne jugez pas, ne condamnez pas, pardonnez, partagez ». S’il s’agit d’avoir du cœur « comme notre Père », c’est donc que lui non plus ne juge pas, ne condamne pas, mais pardonne, et donne, « une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans notre tablier ». Il pourrait sembler que la motivation suggérée par Notre-Seigneur ne soit pas pure, puisqu’il nous invite à un subtil calcul : ne jugez pas afin de ne pas être jugés vous-mêmes. Il s’agirait davantage d’une stratégie intéressée que d’un appel à l’amour, qui est nécessairement gratuit. En fait Jésus ne fait qu’opposer deux logiques entre lesquelles il nous invite à choisir : soit nous appartenons à ce monde, et nous n’échapperons pas à sa spirale de violence, que l’engrenage de jugements et de condamnations tente en vain de juguler ; soit nous entrons dans la famille de Dieu notre Père dont nous adoptons le comportement, qui consiste à laisser parler en toutes circonstances son cœur compatissant et miséricordieux. De même que le mal se nourrit du mal, le bien aussi provoque un effet « boule de neige » : celui qui donne et persévère dans cette attitude, en ne jugeant pas ceux qui « en profitent », en ne condamnant pas ceux qui refusent la réciprocité, celui-là verra la fécondité de son attitude, car « la mesure dont nous nous servons pour les autres, servira aussi pour nous ». Peut-être ne serons-nous témoins de ce triomphe de l’amour que dans le Royaume des cieux, mais nous sommes sûrs que le Seigneur accomplit sa Parole et comble ceux qui donnent sans compter.
« Ayez du cœur » : devant cette parole si simple et si vraie, comment ne sentirions-nous pas « la honte nous monter au visage » (1ère lect.). La « sclerocardia », la dureté de cœur, voilà « l’iniquité », c’est-à-dire l’injustice fondamentale, la rupture d’Alliance qui vient briser l’harmonie au sein de la famille de Dieu, et plus largement au sein de tout l’ordre créé. Oui « nous avons fait le mal » : non seulement nous avons laissé le mal s’installer en nous et au milieu de nous, mais nous l’avons fait proliférer, en refusant la logique de l’amour, en nous fermant à la joyeuse dépendance de la charité, en revendiquant une autonomie mensongère, stérile, mortifère. C’est pourquoi, unissant notre supplication à celle du prophète Daniel et du psalmiste nous prions :

« “Ah Seigneur, Dieu grand et redoutable, qui gardes ton Alliance et ton amour à ceux qui t’aiment, nous avons commis l’iniquité, nous avons été rebelles” (1ère lect.). Mais “ne retiens pas contre nous nos péchés ; délivre-nous, efface nos fautes pour la cause de ton nom !” (Ps 78). “A toi Seigneur notre Dieu, la miséricorde et le pardon : que nous vienne bientôt ta tendresse ! Aide-nous Dieu notre Sauveur pour la gloire de ton nom !” Donne-nous un cœur nouveau, mets en nous un esprit nouveau : que nous puissions aimer dans la simplicité d’une foi vivante par la charité ».


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