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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Férie de l’Avent

Enseigner dans le Temple est une activité réservée à ceux qui en ont reçu la mission, en raison de leur compétence. On ne se donne pas ce ministère : on le reçoit des responsables religieux, et il est exercé sous leur contrôle. Jésus n’est ni un prêtre, ni un scribe ; il n’était probablement même pas un « Rabbin » au sens technique du terme : ses disciples le nommaient « Rabbi, Maître », mais il s’agissait d’une reconnaissance non institutionnelle, fondée sur un attachement personnel. En clair : Jésus n’avait pas suivi le cursus qui lui permettait de prétendre à ce titre et d’enseigner « officiellement » au nom de la Tradition juive. D’où la question « des prêtres et des anciens du peuple » lui demandant de justifier sa prétention à enseigner dans le Temple : « Par quelle autorité prends-tu la parole en ce lieu, et qui t’en a donné l’autorisation ou le mandat ? ». Pour nous qui connaissons la suite des événements, et en particulier la glorification du matin de Pâques, nous savons (nous croyons !) que Jésus reçoit son autorité du Père, qu’il parle en son nom en tant que Fils unique ; il est le Verbe éternel plein de grâce et de vérité qui connaît le Père et est le seul à pouvoir nous le révéler. Notre-Seigneur n’usurpe donc aucun droit en enseignant dans le Temple. Mais comment le faire comprendre à ses interlocuteurs sans les choquer, d’autant plus que la relation avec les chefs religieux n’est pas particulièrement bonne ? En posant la question concernant l’autorité de Jean le Baptiste, Jésus veut faire réfléchir ses interlocuteurs sur les deux voies traditionnelles par lesquelles Dieu instruit son peuple : l’institution certes en est une et pas des moindres, mais il ne faut pas oublier le charisme prophétique. Or il semble clair pour tout le peuple que Jean est un prophète : cet homme qui s’est retiré au désert, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage, n’est pas un rat de bibliothèque et n’a probablement pas beaucoup de diplômes à faire valoir. Pourtant les foules quittent le Temple et la ville sainte pour aller l’écouter, car l’Esprit de Dieu repose sur lui : sa parole touche les cœurs et pousse au repentir. Ainsi donc le Seigneur conduit son peuple par la parole des scribes, pharisiens et autres théologiens formés dans les écoles rabbiniques ; mais aussi par des personnages qu’il forme lui-même par des voies qui ne sont pas les chemins balisés ordinaires. La liberté de Dieu est telle, qu’il peut même nous instruire par des païens : le prophète Balaam cité en première lecture en est un bon exemple. Le Très-Haut n’a-t-il pas également choisi Cyrus pour ramener son peuple à Jérusalem ? Il n’y a qu’un Berger : le Seigneur, qui conduit son troupeau par le ministère de ceux qu’il choisit dans sa liberté souveraine.
Mais il est clair que les personnages charismatiques, précisément parce qu’ils sortent de sentiers battus et des filières académiques, inquiètent quelque peu les représentants de l’institution ; aussi ceux-ci préfèrent-ils en général administrer les affaires sans avoir à discerner le charisme d’un éventuel prophète qui ferait irruption inopinément durant leur mandat. Or voilà qu’il n’y en a pas qu’un, mais deux : le Baptiste et ce Jésus de Nazareth, le second se piquant en plus de faire des guérisons et des exorcismes ! Ces messieurs sont quelque peu dépassés ; aussi n’aspirent-ils qu’à une chose : revenir à la normalité en maîtrisant les personnages remuants qui viennent troubler le fonctionnement ordinaire de l’institution. Pour ce qui est de Jean Baptiste, les chefs religieux semblent avoir décidé de laisser faire en évitant de prendre position, et d’attendre que les choses se tassent. Par contre ce Jésus est plus embarrassant : si encore il allait prêcher au désert ! Mais voilà que non seulement il vient délivrer son enseignement au cœur même de l’institution, dans le Temple, mais par sa réponse - dont ils ont bien compris la portée - il se situe dans le prolongement du Baptiste, et prétend donc comme lui, être un prophète du Très-Haut !
Leur réplique - « Nous ne savons pas » - est bien plus une fin de non-recevoir agacée qu’un aveu d’ignorance. La réponse désolée de Jésus - « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela » - n’est pas un refus d’éclairer ses interlocuteurs, mais le constat de l’échec du dialogue. Aujourd’hui comme hier, le Seigneur se tient au milieu de nous et nous enseigne le vrai chemin de la vie, nous invitant à le suivre jusque dans la demeure du Père. S’il perçoit que notre quête est sincère, il est disposé à prendre tout le temps qu’il faut pour nous aider à découvrir qu’il est l’Envoyé du Père en qui s’accomplit l’attente religieuse de l’humanité. Mais il n’oblige personne à le suivre : le Verbe-Lumière est « venu dans le monde, et le monde ne l’a pas reconnu. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son Nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,9-12).

« Seigneur, sauve-nous de la “sclérocardia”, cette terrible maladie qui endurcit notre cœur et le rend imperméable à ta grâce. Sauve-nous de l’esprit de religiosité qui nous empêche de nous convertir sous prétexte que nous serions déjà dans la vérité. Ne permets pas que nous nous figions dans des attitudes de suffisance - surtout religieuses - qui nous aveuglent sur notre besoin de repentir et de changement de vie. Donne-nous tout au contraire en ce temps de l’Avent, de nous ouvrir à la grâce de renouvellement intérieur que tu nous offres, afin que nous puissions nous mettre en route avec les Mages et cet autre païen du nom de Balaam, vers l’Enfant de la crèche en qui l’Esprit nous donnera de reconnaître “le héros dont l’astre se lève en Jacob, et dont le sceptre se dresse, issu d’Israël”(1ère lect.) ».


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