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 - 31 janvier 2023 - Saint Jean Bosco
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Homélie

Saint François de Sales, évêque et docteur de l’Église

Ces deux versets appartiennent à un ensemble plus vaste qui court jusqu’à la fin du chapitre 3. Jésus vient d’appeler les Douze ; redescendant avec eux sur les bords du lac de Capharnaüm, il est à nouveau happé par la foule, de plus en plus envahissante. C’est dans ce contexte qu’il va subir deux interpellations redoutables : une mise en cause radicale de sa famille naturelle qui craint pour sa santé psychique ; et une mise en accusation tout aussi radicale de la part des « scribes descendus de Jérusalem » qui le soupçonnent d’être possédé par Béelzéboul. Les deux apostrophes sont indissociables dans le second évangile, car Jésus va répondre d’abord aux accusateurs religieux (3, 23-30) avant de réagir à l’interpellation de sa famille (3, 31-35), de sorte qu’il faut chercher dans les derniers versets du chapitre la suite de la péricope que nous venons d’entendre.
« Jésus entre dans la maison » : il s’agit probablement de celle de Simon-Pierre (1, 29), où il semble avoir établi son quartier général (2, 1). La foule est au courant et surveille ses allées et venues. Dès que la nouvelle se répand que le Maître est de retour, elle se précipite et s’engouffre dans la demeure : « Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte » (2, 2), et qu’à l’intérieur les gens se pressent tout contre Jésus, au point « qu’il ne lui était pas possible de manger ».
La situation est plutôt oppressante ; et ce ne sont pas les apôtres fraîchement promus qui parviendront à maîtriser cette foule survoltée. On comprend dans ces conditions l’inquiétude de « la famille » de Jésus - c’est-à-dire sa parenté au sens large - qui « apprenant » ce qui se passe à Capharnaüm, veut le soustraire à ces mouvements de masse incontrôlés qui risquent de dégénérer. Leur réaction peut paraître choquante - « il a perdu la tête ! » - mais il faut probablement mettre cette affirmation au compte de l’anxiété : « Pourquoi donc se prête-t-il à de tels débordements ? Il faudrait qu’il renvoie tous ces gens ! Tout cela va mal finir : a-t-il donc perdu le bon sens au point de ne pas se rendre compte du danger qu’il court ? Nous ne pouvons pas le laisser faire : il faut le ramener au village. Là au moins il sera en sécurité : nous saurons le protéger de tous ces excités qui vont finir par le piétiner ! »
Terrible solitude de Jésus : seul, prisonnier d’une foule hystérique, soupçonné de folie par les membres de sa propre famille, et bientôt accusé de complicité avec le Démon par les chefs religieux. Comment fait-il pour tenir tête paisiblement à tant d’opposition ? Pour répondre avec patience à chacun ce qu’il doit entendre ? Pour s’oublier et se donner totalement dans ce ministère ingrat dans lequel il ne reçoit en retour qu’incompréhension, soupçon et ingratitude ? La seule réponse, le « secret » du Seigneur, réside dans sa relation à son Père. Sans cesse, Jésus écoute en son cœur ces quelques mots qu’il ne se lasse pas de méditer et dans lesquels il puise toute sa force : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11).
Anticipant sur la suite, allons donc écouter la réponse que Jésus donne à ceux qui lui annoncent : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui te cherchent » ; sous-entendu : « ils s’inquiètent pour toi et veulent te ramener au village ! » Notre-Seigneur ne fait aucun reproche à ceux de sa parenté qui croient pouvoir disposer de lui au nom du lien du sang. Mais il déclare solennellement appartenir désormais à une autre famille : « “Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ?” Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : “Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère” » (3, 33-35). Cette parenté nouvelle n’est pas limitative aux seules personnes présentes ce jour-là dans la demeure de Simon. Jésus embrasse du regard tous les hommes et toutes les femmes qui tout au long de l’histoire, viendront dans la maison de Pierre - c’est-à-dire l’Eglise - pour y rencontrer Notre-Seigneur, l’écouter dans sa Parole, le toucher dans ses sacrements, demeurer avec lui dans la prière. Ceux que le Seigneur embrasse du regard tout autour de lui et dont il vient de déclarer qu’ils sont ses proches, font pourtant partie de cette foule excitée aux motivations ambiguës. Mais Notre-Seigneur voit plus loin : loin de mépriser ces petits comme le faisaient les scribes et les pharisiens, son regard d’espérance voit en eux les enfants du Père qu’il est chargé de rassembler et auxquels il s’identifie avec tendresse et compassion : « mon frère, ma sœur, ma mère ».

« Loué sois-tu, Seigneur Jésus pour ce regard d’espérance que tu poses sur chacun de nous. Tu vois plus loin que nos mesquineries, nos aveuglements, notre péché : tu nous vois “saints et irréprochables dans l’amour” (Ep 1,4). Donne-nous de percevoir ce regard sur nous, d’oser nous en laisser pénétrer, afin que libérés de nos peurs, nous puissions poser ce même regard sur notre entourage. Nous te demandons tout particulièrement de nous accorder “la loyauté de reconnaître, et le courage de rejeter ce qui se cache en nous d’indifférence, de méfiance et même d’hostilité à l’égard des autres hommes, en particulier des chrétiens des autres confessions” (Abbé Couturier), pour que nous devenions des ouvriers de ton Royaume, au sein de l’unique Église apostolique, notre mère à tous ».


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