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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

mardi, 4ème semaine du temps ordinaire

Dans le passage que nous venons d’entendre, Saint Marc nous propose deux récits de miracles étroitement imbriqués l’un dans l’autre, qui témoignent de la puissance débordante de vie qui rayonne de Jésus. Tel le rocher frappé par Moïse, Jésus est au désert de nos vies cette source jaillissante, toujours offerte et disponible pour celui qui croit.
Un juif pieux, chef de la synagogue, supplie humblement le Seigneur de guérir sa fille de douze ans ; Jésus consent et tente de se rendre à son chevet en se frayant un passage au milieu de la foule. La lenteur de sa progression permet à une femme de s’approcher discrètement de lui. Elle est atteinte depuis douze ans de pertes de sang, maladie incurable qui la rendait impure ; elle va néanmoins toucher Notre Seigneur, mais « par derrière », comme à la dérobée, cachée au milieu de la foule, n’effleurant que son vêtement pour être sûr qu’il ne se rende pas compte de son audace.
Saint Marc nous dévoile le mouvement intérieur qui motive cette action : il s’agit d’une foi humble, peut-être encore mêlée de superstition magique, mais parfaitement confiante. En tout cas le résultat de sa démarche ne se fait pas attendre : à l’instant même elle est guérie. Comme elle était ouverte au don de Dieu, elle a instantanément été guérie par l’effusion de l’Esprit offerte en réponse à son mouvement de foi. De sa main elle a touché le corps de Notre Seigneur, mais dans la foi, elle atteignait le Verbe ; contrairement à la foule qui pressait Jésus de toute part, mais ne touchait que son humanité, sans s’ouvrir à sa divinité.
Le Seigneur a perçu cette action de l’Esprit émanant de sa Personne ; il cherche à « voir celle qui avait fait ce geste » : il veut contempler le visage de cette femme qui a manifesté une telle foi. La rassurant, il interprète sa guérison : « Ma fille, ta foi t’a sauvée » ; voilà l’essentiel : par sa foi en Jésus, elle est rétablie fille de Dieu ; la guérison physique que Jésus confirme - « Va en paix et sois guérie de ton mal » - n’est qu’un signe de la vie nouvelle qui lui est offerte dans cette rencontre.
Croire c’est oser « toucher » Jésus dans la foi, pour accueillir la grâce de la vie, qu’il nous offre en plénitude dans l’Esprit.
Le récit continue par la suite du premier épisode - l’appel du chef de la synagogue en faveur de sa petite fille - interrompu par la séquence de la guérison de la femme hémorroïsse. Jésus refuse d’accueillir le message de la mort de l’enfant - « L’enfant n’est pas morte : elle dort » - et exhorte le père à la confiance : « Ne crains pas, crois seulement » : le thème de la foi demeure au centre du récit, une foi qui non seulement triomphe de la maladie, mais qui ose défier la mort. Le Seigneur sait bien que la petite est morte, mais le Prince de la vie refuse de nommer son ennemie. Se situant déjà dans la perspective de la victoire de résurrection, il lui ordonne : « Lève-toi », ce qui peut se traduire : « réveille-toi » ou « ressuscite » - il s’agit du même verbe égero - c’est-à-dire participe à ma vie : je te la donne en partage.
Pour tirer tous les enseignements de ce récit, il nous faut encore mettre en relation les deux guérisons que Saint Marc encastre intentionnellement. Ce n’est pas par hasard que l’évangéliste nous signale que la femme est malade « depuis douze ans », durée qui correspond exactement à l’âge de la jeune fille ; outre la valeur symbolique de ce chiffre, qui renvoie aux douze tribus d’Israël, il fait le lien entre les deux récits et nous invite à les interpréter ensemble.
La femme âgée représente l’Israël ancien, la « fille » de Sion, l’humanité atteinte de maladie mortelle. Mais une fois guérie de son mal, cette veille femme devient la jeune fille en âge de mariage (12 ans), que Jésus saisit par la main comme un fiancé entraînant sa fiancée pour l’introduire chez lui. Ainsi les deux figures féminines représentent ensemble l’humanité, blessée par le péché, mais appelée, à travers la guérison que procure la foi, à devenir la Jérusalem céleste qui descend du ciel toute parée pour son Epoux (Apoc 21,2).
Peut-être pouvons-nous aussi y lire une anticipation du passage à travers le voile de la mort : lorsque nous fermerons les yeux de nos corps épuisés, nous ouvrirons ceux de notre cœur sur le visage du Bien-Aimé, qui nous introduira dans son cellier, pour nous « faire manger » de la manne éternelle.

« Seigneur Jésus, depuis que le péché est entré dans le monde, la vie nous réserve à tous notre part de souffrance. Mais dans la foi nous savons que nous ne traversons pas seuls cette vallée de larmes : tu marches avec nous chaque jour, portant nos croix plus que nous-mêmes. Tu t’es fait l’un de nous pour que par la foi, nous puissions te “toucher”, et puiser en toi force, patience, et persévérance pour la route. Et lorsque viendra le jour du grand passage, lorsque nous nous “endormirons” dans la mort, toi le Bien-aimé, tu nous saisiras par la main et tu nous feras lever ; tu essuieras toutes larmes de nos visages (Ap 21,4), et tu nous prendras avec toi pour toujours dans le Royaume de ton Père. »


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