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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

mercredi, 11ème semaine du temps ordinaire

Le désert. Lieu de silence, de dénuement, de solitude voire de mort, le désert peut inquiéter ou même rebuter. Mais il peut se révéler aussi comme le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu. Se dépouiller de soi, creuser en soi le désir de rencontrer Dieu en esprit et vérité. Dégager l’espace où il pourra venir se donner et nous combler de sa vie de Ressuscité. N’est-ce pas cela se convertir ? Ouvrage à remettre sans cesse sur le métier. Car il s’agit d’une véritable lutte à mener contre nos idoles, notre autosuffisance, nos égoïsmes…

Ne nous y trompons pas. La vie est un combat spirituel continuel car, comme nous le dit bien saint Pierre : notre ennemi, le démon, comme un lion qui rugit, va et vient sans cesse à la recherche de sa proie pour la faire chuter et la dévorer. Pour mener ce combat, notre Seigneur nous propose dans l’évangile d’aujourd’hui trois armes, l’aumône, la prière et le jeûne, dont la force réside principalement dans la manière dont on en use. Voilà pourquoi il attire notre attention sur les modalités de leur usage. Par trois fois, Jésus oppose à l’emphase spectaculaire des pharisiens, la discrétion de celui qui agit en réponse à l’appel intérieur à la conversion, et dont la seule motivation est de se rapprocher de Dieu afin de se laisser réconcilier avec lui.

« Ton Père qui est présent dans le secret connaît ton action ; ton Père voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra ». Cette incise, qui revient trois fois dans ces quelques versets, nous conduit au cœur de l’enseignement que Jésus veut nous donner : La véritable victoire réside dans l’intimité retrouvée avec le Père, aboutissement d’un long chemin de décentrement de soi, d’apparente perte du bénéfice de son action, bref de désintéressement, de gratuité.

La définition même de la prière c’est d’entrer dans une relation d’intimité avec Dieu où tour à tour l’un écoute et l’autre parle. Prier c’est demeurer établi dans une communion de pensée, de volonté et de cœur avec notre Dieu. Nous voyons combien nous sommes ici loin d’une prière cultuelle qui ne résiderait que dans des actes extérieurs à nous-mêmes. « Notre louange n’ajoute rien à ce que tu es mais elle nous rapproche de toi ». Cette phrase de saint Augustin nous donne bien l’essence même de la prière. Prier c’est avant tout s’avancer toujours plus vers Dieu pour nous laisser pénétrer toujours plus profondément par sa vie divine. Mais cela présuppose que nous nous soyons désencombrés de tout ce qui en nous pourrait faire obstacle à sa venue. C’est ici qu’intervient dans le combat de la conversion cette autre arme qu’est le jeûne.
En effet, Jeûner c’est faire de la place en nous pour permettre à Dieu de nous rejoindre. Jeûner c’est aussi reconnaître que Dieu est notre unique nécessaire et que tout nous vient de lui. Jeûner c’est enfin reprendre conscience que la seule chose qui ne vient que de nous et que nous pouvons présenter à Dieu pour qu’il nous en libère : c’est la pauvreté de notre péché. Le jeûne nous libère bien du trop plein de nous-mêmes et nous permet, par la prière, de rejoindre dans l’intimité celui qui toujours nous précède pour se donner à nous. Dans la reconnaissance du don gratuit de cet amour peut alors résonner l’appel à nous donner à notre tour gratuitement aux autres. " Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement " (Mt 10,8).
Nous touchons alors le sens de l’aumône qui est de donner, de se donner à l’autre, dans la conviction que rien ne nous appartient, qu’à chaque instant nous recevons tout gratuitement de Dieu, à commencer par le don merveilleux de la vie.
« Ton Père te le rendra » : Jésus ne précise pas ce que rend le Père, peut être parce qu’il n’a qu’une chose à donner en partage : sa propre vie. Autrement dit, en Jésus, Dieu me gratifiera du don de lui-même, dans la mesure de la perte à laquelle j’aurai consenti gratuitement.

« Seigneur, notre pèlerinage sur cette terre est un chemin vers la vie qui souvent ressemble à une traversée du désert. Mais, parce que tu nous y précèdes et parce que tu y as vaincu pour nous l’ennemi qui nous tenait captifs, nous n’avons pas peur de nous y engager. Le combat que nous avons à y mener est celui de la disponibilité pour accueillir les fruits de ta victoire. Mais là aussi ton action divine nous précède dans la personne de l’Esprit-Saint. Voilà pourquoi, nous ne voulons pas laisser sans effet la grâce reçue de toi. Car c’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut où tu nous exauces et viens à notre secours ».


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