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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Saint Jean Eudes, prêtre,

Pharisiens et sadducéens se relaient pour harceler Jésus de questions pièges. Les pharisiens ouvrent le feu ; ils essaient de compromettre Jésus sur le terrain politique avec la demande concernant le tribut redevable à César (Mt 22,15-22). Mis en échec ils se retirent et laissent la place aux sadducéens. Ceux-ci tentent de démontrer que la doctrine de la résurrection soutenue par Notre-Seigneur est absurde ; leur argumentation s’appuie sur le cas de figure de six frères épousant successivement la femme de leur frère défunt pour lui assurer une descendance (Mt 22,23-33). Remis en place par un rappel des conditions de vie dans le Royaume, les sadducéens sont eux aussi obligés de battre en retraite.
Devenus plus prudents, « les pharisiens se réunirent » et par la voix d’un légiste, ils tendent un piège bien plus subtil. Il était de tradition que les Maîtres résument les prescriptions de la Loi autour d’un commandement central d’où tous les autres procèdent et auquel ils ramènent. Cette synthèse originale caractérisait l’enseignement de chaque Rabbi. L’exercice n’était pas facile car les quelques sentences retenues devaient proposer une image fidèle de la Thora dont elles devaient synthétiser l’essentiel. Le « grand commandement » auquel se réfèrent les pharisiens est donc celui qui pour Jésus s’impose de manière absolue et autour duquel il entend construire sa doctrine. Ces messieurs espèrent bien sûr que la réponse du Rabbi sera insuffisante et qu’ils auront ainsi matière pour mettre en doute son orthodoxie.
Jésus rassemble un verset du Deutéronome (Dt 6, 5) et du Lévitique (Lv 19, 18) en un seul précepte, qui s’impose inconditionnellement. Dans les deux passages convoqués, le programme à mettre en œuvre consiste à « aimer ». Dans les deux cas ce verbe est proposé au futur, non pas pour indiquer une action à venir, mais pour signifier qu’il s’agit de l’occupation principale tout au long du chemin qui conduit au Royaume. Le futur a ici valeur d’un impératif qui vaut de manière définitive. L’objet de cet amour est double. Il s’agit d’abord d’aimer « le Seigneur » et de l’aimer dans la radicalité d’un engagement de tout son être. Conjointement et dans le même élan d’un unique amour qui se donne résolument et sans retour, nous sommes invités à « aimer notre prochain comme nous-même ». Jésus précise que les deux commandements sont d’égale importance ; pourtant Notre-Seigneur nous invite à respecter une priorité. Ce qui laisse supposer que pour aimer comme il convient notre prochain, il nous faut d’abord nous enraciner dans l’amour de Dieu et nous attacher à lui « de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée ». Ce n’est que lorsque nous serons ainsi totalement décentré de nous-même vers celui qui est notre Source et notre Fin, que nous pourrons aimer notre prochain « en esprit et vérité » (cf. Jn 4,23-24), c’est-à-dire dans la chasteté d’un amour non possessif et dans la liberté du don et du service gratuits. Le véritable amour de soi consiste à nous livrer à Dieu qui nous appelle à lui pour que nous trouvions notre bonheur dans le partage de sa vie. Aimer notre prochain comme nous-même consiste dès lors à nous livrer également à nos proches dans le même mouvement de désappropriation, qui à la fois nous libère de nos égoïsmes, et trace le chemin de la vraie liberté.
Somme toute, la seule loi qui vaille dans l’ordre de l’amour, est celle du don sans retour. Nous aimer nous-même signifie entrer dans la filiation divine en aimant le Seigneur notre Dieu « de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée », et en nous donnant les uns aux autres comme le Christ Jésus s’est livré pour nous.

« Marie, Mère du Bel Amour, fais-nous naître à la vie nouvelle de l’Esprit ; aide-nous à entrer dans la logique d’une foi vivante par la charité, afin que nous devenions ce que nous sommes : les frères de Jésus et les fils de Dieu notre Père. Nous pourrons alors assumer au cœur de ce monde, notre mission d’artisans de paix et de semeurs de la vraie joie. »


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