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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Saint Louis de France,

Jésus sait que le moment est venu - l’Heure - de passer de ce monde à son Père. Il s’apprête à « partir », mais il reviendra. Dans un ultime enseignement, Notre-Seigneur présente à ses disciples l’attitude qui devrait être la leur durant ce temps d’attente de son retour. Le comportement du disciple se résume en une seule parole : « Veillez ». Cette vigilance intérieure devra bien sûr se concrétiser dans un agir spécifique, que le Seigneur précise dans une série de trois paraboles : il nous faut veiller comme « des serviteurs fidèles et avisés que le maître a établi sur les gens de sa maison » ; veiller comme des « jeunes filles prévoyantes » invitées à des noces (Mt 25,1-13) ; veiller comme « des serviteurs à qui leur Maître a confié ses biens » (Mt 25,14-30).
L’enjeu est de taille, car de cette attitude dépend l’issue de la confrontation inévitable avec le Maître lorsque celui-ci reviendra ; ou plutôt lorsqu’il surgira à l’improviste, car c’est bien la seule chose dont les acteurs des diverses paraboles sont sûrs : « Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra » (Mt 24,44 ; 25, 13 ; 25, 19). Pour souligner le caractère imprévisible de ce retour, Jésus emploie l’image très parlante du voleur qui vient de nuit, lorsque les gens de la maison ne se doutent de rien. Puisque « c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra », il nous faut donc mettre en place des habitus correspondant à ce qu’un disciple est supposé faire durant l’absence de son Maître.
La première des trois paraboles nous présente ce disciple sous les traits d’un intendant, chargé de nourrir le personnel « en temps voulu » ; en langage monastique nous dirions : le cellérier. Le poste est important, car il a la main sur tous les biens du Maître, qu’il doit répartir avec sagesse et discernement, pourvoyant aux besoins particuliers de chacun tout en veillant à la sauvegarde du bien commun. Tant que le Maître est présent, l’intendant n’est qu’un gestionnaire ; mais si le Maître s’absente et tarde à revenir, la tentation est grande pour l’intendant de s’approprier ce qui lui est confié, et d’en disposer à sa guise, c’est-à-dire pour son bon plaisir à lui, au détriment de ceux à qui les biens étaient destinés. Mais ce faisant, il quitte sa place de serviteur, et usurpe celle du Maître qui lui avait fait confiance. L’intendant infidèle a implicitement éliminé son rival, dont il espère qu’il ne reviendra plus. Mais par son hypocrisie, il prononce sa propre condamnation et s’exclut de la présence de son bienfaiteur.
Le « serviteur fidèle et sensé », c’est-à-dire celui qui par sa fidélité au ministère confié demeure dans une relation vivante avec le Maître, même absent, cet intendant consciencieux se verra confier la charge de tous les biens de son Maître, en pleine coresponsabilité. Or une telle position n’est plus celle d’un serviteur, fût-il l’intendant principal, mais celle du fils, de l’héritier, qui dispose de tous les biens de son Père comme de ses biens propres ! L’égalité avec le Maître, que le premier avait voulu arracher sournoisement en tentant de prendre sa place, sera offerte gratuitement à l’intendant fidèle, élevé à la dignité de fils parce qu’il a su demeurer dans un rapport juste et vrai avec son Maître alors que celui-ci était absent.
Nous savons bien quel est le bien que nous avons à distribuer autour de nous en intendants fidèles de la grâce de Dieu : il s’agit du fruit de la Croix de Notre-Seigneur. Il se nomme amour de charité, miséricorde, patience, bienveillance, tendresse compatissante. Nous n’avons rien à craindre du jugement si le Seigneur à son retour nous trouve au service de nos frères dans de telles dispositions. Tel est bien le sens de la prière que Saint Paul faisait monter vers Dieu pour les chrétiens de Thessalonique : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant. Et qu’ainsi il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche devant Dieu notre Père, pour le jour où notre Seigneur Jésus viendra avec tous les saints » (1ère lect. : 1Th 3,7-13).

« Seigneur, “apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse” (Ps 89). Ne permets pas que nous vivions comme des insensés, dans l’oubli de l’enjeu de notre passage sur terre, mais éveille en nous le sens de notre responsabilité face aux dons que tu nous fais. Donne-nous de nous émerveiller de ta confiance, et de nous mettre résolument au service de ceux que tu nous confies. Et puis surtout : “Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Rassasie-nous de ta présence et de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants” (Ibid.). »


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