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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

Martyre de Saint Jean Baptiste

Ce long récit au cœur de l’Evangile le plus court, a vraiment de quoi surprendre. D’autant plus qu’il n’est guère centré sur la Personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. On pourrait argumenter qu’il complète et achève le récit de l’itinéraire de Jean-Baptiste pour lequel Jésus ne tarit pas d’éloges. Mais est-ce bien vrai ? Car si la vie Précurseur constitue effectivement l’enjeu de l’épisode, lui-même n’apparaît pas - si ce n’est sa tête présentée sur un plat. Mais alors, qui est le héros de ce récit ? Hérode est au centre, mais sa passivité - disons même sa lâcheté - le discréditent dans ce rôle. La fille d’Hérodiade est certes active, mais elle demeure anonyme et n’est qu’un instrument entre les mains de celle qui mène les événements derrière les coulisses : Hérodiade. Celle-ci en effet n’apparaît pas sur l’avant-scène, mais c’est bien son désir de vengeance envers le Baptiste, qui conduit les étapes du drame.
Le récit commence par une tentative d’explication de la situation matrimoniale - particulièrement complexe - d’Hérode. Contrairement à ce que dit l’évangéliste, il ne semble pas qu’Hérodiade ait été la femme de Philippe avant qu’Hérode en fasse la sienne ; mais elle avait épousé un demi-frère du « prince de Galilée », qui s’appelait lui aussi Hérode, d’où la confusion dans le récit populaire que rapporte Saint Marc. Philippe était un autre demi-frère d’Hérode Antipas, qui épousa plus tard la fille d’Hérode… Mais laissons ces détails qui n’ont pour nous aucun intérêt : le but de l’évangéliste n’est pas de reconstituer l’histoire du Tétrarque, mais de nous faire toucher du doigt jusqu’où peut conduire l’engrenage du mal, lorsque personne n’a le courage de lui faire obstacle. Car contrairement à la reine Jézabel - la femme du roi Achaz - qui ne parvint pas à attenter à la vie du prophète Elie dont elle avait pourtant juré la perte (1 R 19, 2), Hérodiade va arriver à ses fins, en sachant attendre le moment opportun.
Le contexte est paradoxal, car l’anniversaire d’un roi était ordinairement marqué par des mesures de clémences et d’amnistie, et non par des exécutions capitales arbitraires. De plus, il n’était pas courant qu’une princesse danse devant des convives. Enfin, Hérode n’aurait eu aucune peine à refuser la demande de la jeune fille malgré son serment, étant donnée la nature de sa requête, qui était sans commune mesure avec l’engagement pris. Mais le vin, la vaine gloire, bien plus l’orgueil qui prétend disposer impunément de la vie des autres, eurent raison du bon sens : ne voulant pas se dédire devant ses hôtes, le petit Tétrarque à la solde des Romains qui se prend pour le roi de Perse (Es 7, 2), donne l’ordre fatal, préfigurant par son attitude la lâcheté de Pilate durant le procès de Jésus.
Pourtant, « Hérode avait peur de Jean : il savait que c’était un homme juste et saint » ; bien plus : « il aimait l’entendre ». Jean était la voix de la conscience du Tétrarque ; aussi cherchait-il à « le protéger » de la fureur d’Hérodiade, qui voulait « le faire mettre à mort », car « les tendances de la chair s’opposent à l’esprit, et les tendances de l’esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui nous empêche de faire ce que nous voudrions » (Ga 5,17). Ou bien nous cédons aux sollicitations de l’être charnel - symbolisé dans notre péricope par Hérodiade - et nous sommes inexorablement entraînés à des comportements qui nous empêchent de « recevoir en héritage le royaume de Dieu » (Ga 5,21) ; ou bien nous écoutons au fond de nos cœurs la voix de notre conscience et « nous nous laissons conduire par l’Esprit » (Ga 5,25) sur le chemin de la vie. Mais cette dernière voie implique que nous « crucifions la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes » (Ga 5,24), ce que Hérode, aveuglé par la vanité, n’a pas pu se décider à faire.
Dans cette interprétation morale de notre récit, Hérode symbolise l’être psychique en nous, appelé à exercer sa liberté en soumettant les sollicitations de l’être charnel aux injonctions de sa conscience. Hélas le péché a fait un tel ravage dans notre pauvre humanité, que trop souvent nous faisons la sourde oreille à la voix intérieure, cédant aux passions qui nous entraînent sur un chemin de mort. Etonnant contraste entre les agissements sinistres d’Hérode au milieu de sa cours dévoyée, et le mot d’ordre donné par Jésus aux Douze qu’il envoie pour la première fois, deux par deux, « proclamer qu’il fallait se convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient » (Mc 6,12-13). Deux mondes se séparent, allant chacun à son destin : à nous de choisir sous quel étendard nous voulons servir.

« Seigneur, éveille-moi de mes torpeurs. Ne permets pas que je me laisse entraîner sur la pente de mes passions jusqu’à étouffer la voix de ma conscience et ne plus entendre les appels de l’Esprit. “Sois avec moi pour me délivrer” (1ère lect.) ; arrache-moi à ma paresse spirituelle, afin que je puisse discerner tes chemins et prendre autorité sur ce qui tente de m’en détourner. Tu m’as “appelé à la liberté : que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire mon égoïsme ; mais que vivant sous la conduite de ton Esprit, je me mette par amour au service des autres” (Ga 5,13.16), comme tu me le demandes. »


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