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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Sainte Famille

Pour fêter la Sainte Famille, la liturgie nous propose le récit de la fuite en Egypte.
Nous avons progressivement appris à connaître ce foyer hors du commun à travers une série de mystères joyeux répartis entre les Evangiles de Luc et de Matthieu. Aujourd’hui le ton change : ce n’est plus au bonheur de ces jeunes parents, mais à leur angoisse que nous sommes invités à communier ; angoisse bien compréhensible, puisqu’on veut attenter à la vie du nouveau-né. Ce qui donne à cette péricope une actualité étonnante : si du temps de la Sainte Famille l’assassinat de ces enfants fut un drame ponctuel, œuvre d’un fou sanguinaire, de nos jours l’élimination des nouveaux-nés est hélas devenue une pratique permanente, banalisée, légalisée et admise - voire revendiquée - par le plus grand nombre.
Ce qui frappe dans le récit de saint Matthieu, c’est la sérénité avec laquelle ces jeunes époux vivent l’événement. Aucune fébrilité, ni cris ni larmes, pas de paroles inutiles. Joseph agit selon ce que l’Ange lui prescrit de la part de Dieu. C’est par le ministère de celui qui incarne l’autorité divine au sein du foyer, à savoir le père, que Dieu sauve le Sauveur du monde. Joseph, silencieux en parole, mais éloquent par sa foi et son obéissance, est l’instrument docile par lequel le Père des cieux peut agir sur terre en faveur de son Fils.
Marie est très discrète dans notre péricope : elle n’est même pas nommée par son nom, mais seulement citée en tant que la mère du nouveau-né. Aucune contestation ni même aucune demande d’explication : elle fait confiance à son époux dont elle sait qu’il est un homme « juste », c’est-à-dire ajusté à Dieu. Quant à l’enfant, il est au centre de la scène, objet de la sollicitude de ses parents, et totalement dépendant d’eux.
Toute l’attention se concentre donc sur saint Joseph, qui en tant que père, porte la responsabilité de sa famille. Le « respons-able » est celui qui doit pouvoir répondre ; ce qui suppose qu’il ait d’abord écouté, comme Joseph nous en donne l’exemple. La première qualité de Joseph - comme celle de tout père - est de savoir se rendre disponible pour entendre la voix de Dieu, même de nuit. « Je dors mais mon cœur veille » (Ct 5, 2) : le père est celui qui demeure vigilant, à l’écoute de celui dont il est le vicaire.
Certes la parole est au cœur du ministère du père, mais Joseph nous apprend que cette parole, pour être vraie, doit venir d’au-delà de lui-même. Le père ne fait que la transmettre fidèlement ou l’exécuter docilement. Pas d’hésitation, pas de délai entre l’ordre du ciel et la mise en œuvre : en pleine nuit, Joseph selle son âne, fait monter Marie portant Jésus endormi dans ses bras, et comme Abraham, dans l’obéissance de la foi, il se met en route pour une destinée quasi inconnue. A l’école de saint Joseph, le père apparaît avant tout comme un serviteur ; serviteur d’un projet qui le dépasse, et sur lequel est entièrement finalisé son ministère d’autorité.
Les exégètes nous apprennent que la géographie évoquée par Matthieu dans ce passage, ainsi que les termes utilisés, nous renvoient à la vie de Moïse et à l’exode. Certes ce procédé littéraire suggère avant tout l’exode que Jésus accomplira en sa personne, lui le nouveau Moïse qui fera sortir son peuple de la terre d’esclavage du péché. Mais toutes les familles, à la suite de la Sainte Famille, ont à parcourir leur propre « itinéraire pascal ».
Tout en étant par excellence le lieu de la stabilité, de la continuité, de la tradition gardée, de la fidélité aux racines, la famille est aussi le lieu des « passages », du surgissement de la vie nouvelle qui s’engouffre dans les ruptures consenties.
Le mariage est une Alliance à trois, dans laquelle le Seigneur se compromet, mais qui suppose de la part des époux, qu’ils demeurent attentifs aux imprévus de Dieu et lui fassent suffisamment confiance pour s’engager à sa suite sur des chemins inconnus. La seconde lecture ne résonne-t-elle pas comme un itinéraire de dépossession de soi, de soumission réciproque et de service, qui n’est autre que celui du mystère pascal vécu au quotidien de la vie familiale ?
Saint Paul commence son exhortation par ces mots : « Frères, puisque vous avez été choisis par Dieu » - l’initiative vient du Seigneur - « que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés » - c’est-à-dire que vous avez répondu « me voici » à son appel et que vous vous êtes mis en route sur le chemin de la foi, comme Marie et Joseph. De là suivent toutes les prescriptions que nous avons entendues, de l’invitation à la douceur et à la tendresse, jusqu’à la soumission réciproque, en passant par la longue patience qui supporte tout, et la miséricorde qui pardonne tout.
Ainsi donc, pour pouvoir répondre à ces exigences de la vie communautaire évangélique, chaque membre de la cellule familiale doit être fermement enraciné en celui qui est à l’origine et au terme de son appel : le Seigneur Jésus, dans l’écoute docile de sa Parole. Le card. Martini invitait chaque foyer à faire de l’Évangile la règle fondamentale de leur famille, de manière à ce que leur vie familiale soit une page d’Évangile écrite pour notre temps.
Il apparaît en effet urgent d’approfondir la Sagesse biblique en ces jours où d’aucuns envisagent sérieusement d’attenter à la vie à son terme comme on s’est permis de le faire pour ses commencements : « Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie. Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force » (1ère lect.) : voilà des paroles inspirées qu’aucun chrétien ne saurait ignorer, et qui devraient nous pousser à prendre fermement position dans le débat autour de l’euthanasie.
Sans penser au pire, beaucoup de parents ont sans doute entendu ces versets avec une pointe de douloureuse nostalgie. Ils sont hélas peu nombreux de nos jours les ado’s ou les jeunes qui les mettent en pratique. Souvenez-vous chers parents dans les moments de solitude et d’impuissance, lorsqu’il vous semble que quoi que vous tentiez de faire pour eux, vos enfants repoussent vos efforts ou les tournent en dérision - quand ils ne vous les reprochent pas ! - il vous reste toujours l’arme suprême de la prière de foi et d’espérance, portée devant Dieu par un amour qui ne fléchit pas, même lorsqu’il est contraint au silence. Et quand vous aurez remis au Seigneur les enfants qu’il vous a confiés, « que dans vos cœurs règne la paix du Christ » dans la certitude que l’Esprit Saint agit dans le secret de leur cœur.
La vie familiale à l’école de la Sainte Famille est en effet une vie « dans le Seigneur » nous rappelle saint Paul, c’est-à-dire une vie dans l’Esprit du Christ et dans sa Parole. La Parole qui nous instruit du comportement qu’il convient de garder au cœur du monde sans pactiser avec lui ; l’Esprit qui nous donne de pouvoir obéir paisiblement au cœur même des résistances voire des contradictions, même lorsqu’elles émanent de nos propres enfants.
La force de la Sainte Famille, c’est sa fidélité à une mission qui la dépasse dans une parfaite soumission à l’Esprit Saint. Mais tel est le défi que chaque famille est appelée à relever, en s’appuyant sur la grâce de son sacrement de mariage.
Que le Seigneur renouvelle en ce jour les époux chrétiens dans la grâce du sacrement qui les unit, afin qu’ils puissent poursuivre leur chemin de sainteté dans l’unité, la paix, et la joie, conscients de leur mission irremplaçable : être témoins au cœur du monde de l’Evangile du Bel Amour.


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