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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

7e dimanche du Temps Ordinaire

Nous achevons aujourd’hui la lecture du « sermon sur la montagne », dont l’ampleur se déploie depuis trois semaines et qui nous emmène, dans un ultime mouvement à la contemplation de la splendeur du Père. Jésus continue de révéler l’essence de la vie chrétienne en confrontant son enseignement aux certitudes et aux pratiques en vigueur. « Vous avez appris… eh bien moi je vous dis ».

Le premier adage établit une loi d’équivalence. Il s’agit d’une prescription biblique visant à établir un équilibre, à introduire une pondération du désir de vengeance dans les relations humaines. Le chant de Lamek — « Oui, j’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Oui, Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek 77 fois » (Gn 4,23-24) — est étouffé par la loi du talion — « œil pour œil, dent pour dent » (Ex 21,24). Cependant, cette loi ne peut représenter qu’une étape vers la sagesse. Elle évite à l’homme de tomber dans l’excès, mais elle le cantonne à l’équivalence des objets, sans tenir compte du sujet. Jésus nous invite à prendre le risque d’être humain. L’équilibre de la loi du talion consiste en un effet de miroir, imposant des mutilations réciproques qui tiennent les hommes à distance. La loi de l’amour, au contraire, renonce à l’identique du miroir de nos haines pour affirmer la liberté du sujet : « Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ».

Affirmer sa liberté pour s’affranchir du cercle vicieux du mal n’est cependant pas la seule exigence de l’amour. Il faut encore venir au secours du frère qui a cédé à la violence et l’inviter à communion fraternelle. Jésus appelle cela « tendre l’autre joue ». Par ce geste, Jésus ne nous invite pas à réclamer une nouvelle manifestation de violence ; il attend de nous que nous reconstruisions la fraternité. Tendre l’autre joue consiste à exposer une vulnérabilité volontaire, à découvrir la confiance née de l’amour, à montrer que rien ne pourra affecter la charité. Tendre l’autre joue consiste à dire au méchant qu’il est reçu comme un frère parce qu’il l’est. L’acte de violence est désamorcé de l’intérieur par un geste d’abandon confiant. Seule la confiance peut conduire à l’amour.

De même, celui qui use du pouvoir. Le procès représente la puissance implacable de la justice des hommes, qui quantifie le mal. En cela, elle peut être rapprochée de la loi du talion. Or Jésus veut sauver l’homme. Sa réponse est celle d’un surcroît de l’amour, d’une surenchère du don. Combien faut-il donner à celui qui veut prendre ? Davantage ! Comblé au-delà de sa convoitise, le voleur réalise d’abord que le chemin de l’amour est plus profitable que celui de la puissance, puis il se rapproche de celui qui, en donnant, l’introduit dans la fraternité.

Ainsi, en donnant son manteau en plus de sa tunique, en offrant deux mille pas à celui qui en impose mille, l’amour montre qu’il a toujours l’initiative. Tel est l’exercice de la liberté qui plaît au Seigneur : renoncer à la réaction primaire qui engendre la réciprocité et qui se mesure en équivalences, pour choisir l’initiative du don et la créativité de l’amour construisant la communion. « Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. »

L’initiative de l’amour doit alors être menée à son terme : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent ». Jésus ne se contente pas de dénoncer notre système d’équivalence dans la vengeance et dans la violence, il entend que nous renoncions aussi à notre système d’équivalence dans le bien. L’amour ne s’établit pas sur la reconnaissance des similitudes, il ne grandit pas par réciprocité — le frère aimant celui qui est un frère pour lui, l’ami aimant celui qui est un ami pour lui. L’amour procède d’un don gratuit reposant sur une altérité irréductible. Celui qui est à aimer n’est pas le même, il est l’autre ; il n’est pas celui qui est proche, mais celui dont on se rend proche. Ailleurs, Jésus dira : celui dont on se fait le prochain.

Pour autant, Jésus ne renonce pas à nos distinctions. L’autre n’est pas toujours un ami ; il peut être un ennemi. Il est important de le souligner et de ne pas considérer, au nom de notre christianisme, que tous les hommes sont nos amis. L’objectivité de la Parole de Dieu l’emporte sur les bons sentiments. Nous avons des ennemis ; c’est un fait. Reste à bien comprendre qui sont-ils et que nous veulent-ils. Malheureusement, la sainteté de la plupart d’entre nous n’est pas telle que nous représentions une menace pour l’esprit du monde. Ainsi, nos ennemis visent plus loin, plus grand que nous. Plus exactement : plus profond. Le sceau baptismal. Le lien filial. L’Ennemi cherche à atteindre et à défigurer le Christ en nous !

« Priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ». Affirmer et affermir notre identité filiale est la seule réponse appropriée. Le commandement de l’amour que Jésus nous laisse ne va pas sans la révélation du don de l’amour : l’être filial. Ainsi se déploie la pédagogie de Jésus : donner à qui demande, dans l’initiative de l’amour, et devenir des fils en aimant sans condition, en aimant les ennemis qui voudraient mutiler l’être filial. La logique de l’équivalence est dépassée, la riposte n’existe plus. Seul le don transfigure la haine et manifeste la filiation divine. L’amour fait devenir fils.

Ainsi atteignons-nous le sommet du discours de Jésus. Car le fils fait les œuvres du Père. En développant ces antithèses, Jésus ne tente pas d’édifier un nouveau code moral ; il nous introduit dans la contemplation de la splendeur du Père. « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Tous les comportements que Jésus demande et que ses disciples vivent, par grâce, manifestent la grandeur du Père.

« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir », disait Jésus la semaine dernière. Nous mesurons mieux à présent la nouveauté de cet accomplissement. Jésus ne rejette pas la Loi, il ne renonce à aucune catégorie morale, puisqu’il nomme clairement les justes et les injustes, les bons et les méchants. Mais Jésus révèle que le Père agit autrement que nous qui rejetons les uns et choisissons les autres. Le Père fait lever le soleil et tomber la pluie sur les uns comme sur les autres. Le Père s’occupe autant des justes que des injustes, des bons que des méchants ; il ne donne pas à chacun selon ce qu’il paraît mais selon ce qu’il est destiné à être : un fils dans le Fils. Tel est l’accomplissement que réalise le Fils et qui révèle l’agir du Père. Tel est l’œuvre des fils de Dieu : ils ne cherchent pas la perfection de la Loi mais la perfection de la vie filiale, se rappelant que la Loi est faite pour le fils. « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Le fils doit rechercher la perfection du Père, qui est amour. Ainsi, parce que la justice des disciples du Christ trouve sa source dans la fécondité de l’amour du Père, elle est à leur portée. Bonne Nouvelle !

Père Saint, que ton Nom soit sanctifié !


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