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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

1e dimanche de Carême

La liturgie de ce premier dimanche de carême nous propulse d’emblée au cœur du mystère pascal : « Par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort » - voilà pour la face obscure du mystère.
Mais « si par la faute d’un seul homme la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul règneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes » (2nd lect.) – voilà pour la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ.
Toute l’histoire humaine est désormais tendue entre ces deux événements. Le premier, le péché des origines, nous affecte de fait ; la participation au second, le mystère de la Rédemption, nous est gracieusement offert en Jésus Sauveur.
Nous sommes certes déjà participants de ce salut par la foi et le baptême ; mais c’est précisément pour être renouvelés dans cette vertu et dans ce sacrement, que nous entreprenons le pèlerinage de quarante jours du carême. Car la grâce du salut ne nous est pas imposée : il nous faut choisir ; prétendre à une position de neutralité signifie repousser implicitement la proposition que Dieu nous fait en son Fils, et choisir de rester sous le pouvoir du Prince de ce monde. C’est précisément la nécessité de choisir notre destinée éternelle qui nous est rappelé dans la liturgie de ce jour.
Les lectures s’articulent toutes autour de trois acteurs : Dieu, l’homme, le Satan. Ce sont effectivement les trois protagonistes du drame que nous allons revivre tout au long du carême, qui va culminer le Vendredi saint, avant de se résoudre d’une manière totalement inattendue au matin de Pâques.
Dieu est présenté au livre de la Genèse comme le Créateur souverain. Rien n’existe qui ne reçoive de lui sa subsistance et tout ce qu’il a créé est bon : l’homme, le jardin d’Eden et même cet étrange « animal rusé » nommé le « serpent ».
A peine le Créateur s’est-il retiré, que le fameux « serpent » prend l’initiative d’un dialogue dans lequel il accuse Dieu d’hypocrisie et de volonté de puissance. Ses propos vont trouver écho dans le cœur de la femme, séduite par « l’arbre de la connaissance de ce qui est bon et mauvais », c’est-à-dire par l’autosuffisance. Refusant d’être les collaborateurs de Dieu, nos premiers parents ont préféré l’autonomie ; comme le fils prodigue, ils ont exigé leur « part d’héritage » pour en disposer selon leur volonté propre, et ne plus avoir à vivre dans la dépendance du don de Dieu. Mais s’étant coupés par le fait même de la source de la vie, ce choix ne pouvait les conduire qu’à la mort, « et ainsi la mort est passé en tous les hommes » (2nd lect.).
Tel est bien le triste état de notre humanité que décrit Saint Paul dans la seconde lecture, où nous retrouvons nos trois protagonistes : « Adam », l’homme, dont nous venons de voir comment il a introduit le mal dans le monde ; le « péché », terme par lequel Paul dans cette épître désigne l’instigateur de la transgression, c’est-à-dire le démon ; et Dieu en la personne de Jésus-Christ.
Si la stratégie du serpent a parfaitement réussi en Genèse 3, Paul nous annonce cependant qu’il n’en sera pas de même avec le Christ, que préfigurait le premier Adam. Là où ce dernier a désobéi, entraînant tous les hommes dans le péché, le Christ Jésus par son obéissance « a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie ». L’évangile de ce jour – qui met à nouveau en scène les trois mêmes personnages - nous raconte précisément l’affrontement victorieux du Nouvel Adam face au Satan.
Précisons que même si on utilise l’expression : les trois « tentations » de Jésus, Notre Seigneur n’a cependant pas été tenté au sens où nous le sommes. Pour nous la tentation désigne un état où notre liberté oscille entre notre volonté propre et celle de Dieu ; nous hésitons entre le bien et le mal, trahissant par le fait même notre malice, c’est-à-dire notre complicité avec le mal proposé. Rien de tel chez Jésus, dont la volonté n’a jamais vacillé dans son obéissance inconditionnelle à son Père.
Jésus vient d’être baptisé, la voix du Père s’est faite entendre et l’a confirmé dans sa filiation divine : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour ». C’est autour de cette parole, qui établit Jésus dans une relation de filiation unique à Dieu son Père, que se noue le drame, suscité paradoxalement par l’Esprit, puisque c’est lui qui « conduit Jésus au désert ». C’est donc à une révélation que nous sommes conviés à travers cet événement.
Face à ce personnage qu’il ne connait pas vraiment, même s’il a entendu la déclaration venant d’en-haut, le démon va réessayer son antique stratégie : il propose à Jésus de subvenir par lui-même à ses besoins au nom de sa dignité filiale. Un fils ne dispose-t-il pas de tous les biens ? N’est-il pas l’héritier ? Pourquoi dès lors se ferait-il dépendant du don de son Père ? Il n’a rien à recevoir puisque tout est à lui.
La réponse de Jésus renvoie sans hésitation à la communion d’amour au Père, qui est plus essentielle à la filiation que la libre disposition des biens. Cette communion d’amour s’établit et se maintient dans l’accueil de « toute Parole qui sort de la bouche de Dieu » et dont le Fils fait sa nourriture.
Où en sommes-nous de cette confiance filiale ? Vivons-nous cette Parole de Jésus : « Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33) ?

Le Démon a porté sa première attaque au niveau d’un des besoins élémentaires de l’humanité de Jésus : la faim. La réponse de Notre Seigneur, qui recentre le débat sur la filiation et donc sur la relation d’absolue confiance au Père, va conduire le Satan à déplacer son attaque. La seconde tentation suggère à Jésus d’obliger son Père à intervenir en sa faveur, afin de donner aux yeux de tous, la preuve concrète de la vérité de sa relation filiale unique.
A nouveau Jésus rétablit les priorités en plaçant l’abandon confiant avant l’exigence de signes, qui est dénoncée comme une « mise à l’épreuve » de Dieu. Ce n’est pas l’homme qui met Dieu à l’épreuve, mais c’est Dieu qui nous éprouve, nous purifie à travers l’épreuve, comme on purifie l’or au creuset. Le Fils unique, qui a voulu pleinement épouser notre humanité si durement marquée par les conséquences du péché, n’échappera pas à cette nécessité ; l’auteur de la lettre aux Hébreux écrit en effet : « Tout Fils qu’il était, il apprit par ses souffrances l’obéissance » (He 5,8). Jésus nous a purifié de notre désobéissance, source de toute souffrance, par son obéissance héroïque tout au long de sa Passion d’amour pour Dieu son Père et pour les hommes ses frères.
Où en sommes-nous de cette attitude d’abandon confiant entre les mains du Père, dans la certitude de sa bienveillance, et dans la conviction que tout concourt au bien de ceux qui l’aiment ?

Devant ce double échec, n’y tenant plus, le démon trahit sa véritable motivation : il ne veut détourner l’homme de son Créateur que pour obtenir de la créature l’adoration qui revient à Dieu seul.
Jésus le repousse avec autorité : « Arrière Satan ! », tout en affirmant avec force que la logique de l’amour culmine dans l’adoration, c’est-à-dire dans l’offrande de tout notre être à Celui qui est la seule Source de tout bien.
Où en sommes-nous de cette attitude de don de nous-mêmes à Dieu par amour, qui s’exprime dans la louange, l’action de grâce, l’offrande, l’adoration ?

Au terme de notre méditation, il apparaît que la liturgie de ce jour veut attirer notre attention sur le « péché racine », d’où découlent tous les autres : notre volonté d’autonomie, qui s’oppose à la joyeuse dépendance de celui qui nous donne à chaque instant « la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28).
Nous sommes donc invités en cette première semaine de carême, à faire un examen de conscience sur la manière dont nous gérons notre vie, et en particulier sur la place laissée à Dieu dans le discernement de nos objectifs, le choix des moyens utilisés pour les rejoindre, et l’attribution de la gloire qui ressort de nos succès.
La conversion consiste à ré-accueillir résolument Dieu dans nos vies, refusant fermement de décider par nous-mêmes « le bien et le mal », mais nous laissant instruire par son Fils Jésus-Christ, qui nous montre le chemin de la vraie liberté et de la vie (cf. Jn 14,6).
Si nous consentons à une telle attitude d’humilité qui nous réinsère dans la dépendance de l’amour, soyons en sûrs : « le démon sera obligé de nous quitter, et les anges s’approcheront de nous pour nous servir ».

« Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la vraie connaissance de Jésus-Christ, de discerner les idoles qui nous asservissent encore et d’y renoncer résolument. Nous pourrons alors accueillir pleinement la lumière de la Résurrection, et en vivre plus fidèlement dans une existence transformée ».


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