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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

mercredi, 32ème semaine du temps ordinaire

Jésus marche résolument vers Jérusalem pour y accomplir son ministère sacerdotal et offrir le sacrifice qui « enlève les péchés de la multitude » (He 9,27), et nous réconcilie avec Dieu.
Notre-Seigneur traverse à nouveau la Samarie. Saint Luc se plaît à souligner combien Jésus traversait fréquemment cette région, considérée pourtant comme impure : tout Juif pieux préférait faire un long détour pour passer de Galilée en Judée, plutôt que de passer au milieu de ce peuple à la religion mélangée et dès lors hétérodoxe. Mais depuis le péché, qui donc peut prétendre connaître Dieu ? Et ceux qui ont été bénéficiaires de la Révélation, ont-ils vraiment su interpréter les Paroles des prophètes ?
« Dix lépreux » : dix – le nombre de doigts de la main – représente le nombre de participants nécessaire pour que la prière synagogale puisse avoir lieu ; autrement dit ce nombre représente le peuple tout entier, et dans notre péricope : l’humanité dans son ensemble, mortellement atteinte par la lèpre du péché, et incapable de glorifier son Dieu, qu’elle ne connaît plus.
Pour la tradition juive, ces lépreux portent le poids de leurs fautes personnelles. C’est pourquoi ils sont considérés comme « impurs » et mis au banc de la société. Et voilà que ces exclus de la vie religieuse et sociale se mettent à crier vers ce Rabbi tout en venant à sa rencontre, le nommant par son nom, « Jésus » – c’est-à-dire « Dieu sauve ». Bien plus : ils l’appellent « Seigneur », fait unique dans le troisième Évangile, dans lequel seul les apôtres attribuent ce titre à Jésus. Ajoutons que leur supplication – « Aie pitié de nous » – présente une forte imprégnation liturgique.
Le Maître ne pose aucun geste en leur faveur : il se contente de les envoyer faire constater leur guérison. Il leur promet donc implicitement d’intervenir, mais d’une manière mystérieuse, au terme d’un éprouvant parcours de foi. Ce faisant, Jésus situe son intervention dans le prolongement de la guérison accordée à Naaman par le prophète Élisée. Là aussi le païen est invité à croire en la parole du prophète, et à manifester sa foi en accomplissant ce qu’il vient de lui demander, avant d’éprouver la puissance de Dieu dans sa chair (2R 5,10). Cette particularité est importante pour nous, car si Jésus ne pouvait opérer de miracles que par un contact physique, nous serions bien à plaindre ! La suite nous montre qu’il n’en est rien : tous obtiennent leur guérison tandis qu’ils cheminent dans l’obéissance à sa Parole. La puissance du Verbe n’est pas cloisonnée dans le temps ou l’espace : elle nous rejoint nous aussi, pour produire son action en temps voulu.
Sur les neuf, un seul revient sur ses pas « en glorifiant Dieu », et se prosterne devant Jésus « en lui rendant grâce ». Tout samaritain qu’il soit, il reconnaît la seigneurie divine de Jésus, car il sait bien que Dieu seul peut guérir de la lèpre. Aussi, en abandonnant la route du Temple et en revenant vers le Maître, c’est lui – et non les neuf autres – qui a parfaitement obéi à son ordre : c’est en effet au Grand Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle qu’il fallait « se montrer », celui qui va bientôt exercer son sacerdoce royal à Jérusalem en faveur de tous les hommes.
Les neufs autres, certes, ont été guéris dans leur chair ; mais n’ayant pas reconnu leur Sauveur, ils n’ont pas accueilli la guérison spirituelle signifiée par la guérison physique ; ils ne se sont pas joints au nouveau peuple sacerdotal, chargé d’offrir le sacrifice de louange à l’Agneau immolé. Le propre du chrétien, ce n’est pas de glorifier Dieu : la plupart des hommes le font, sans vraiment le connaître, dans les Temples construits de mains d’hommes. Le propre du chrétien s’est de pouvoir rendre grâce et glorifier Dieu dans le Temple non fait de mains d’hommes : son Fils venu dans la chair, grand prêtre du culte nouveau, en qui Dieu se révèle enfin sous son vrai visage.
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé » : la foi nous unit au Christ de manière si intime, qu’en lui nous pouvons nous relever de notre mort spirituelle, et vivre dès à présent de sa vie de Ressuscité. « Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous avec abondance, par Jésus-Christ notre Sauveur ; ainsi, par sa grâce, nous sommes devenus des justes, et nous possédons dans l’espérance l’héritage de la vie éternelle » (1ère lect.).

« Seigneur je viens à toi aussi démuni que ces lépreux, mais le cœur aussi gonflé d’espérance que le leur. “Lorsque tu as manifesté ta bonté et ta tendresse pour les hommes et que tu nous as sauvés, tu l’as fait non pas à cause d’actes méritoires que nous aurions accomplis par nous-mêmes, mais par pure miséricorde”(1ère lect.). Aussi je peux m’avancer vers toi sans crainte : tu ne me repousseras pas, mais “tu me mèneras vers les eaux tranquilles et me feras revivre” (Ps 22). Même s’il me faut poursuivre encore quelque temps ma route dans la foi avant d’accueillir ma pleine guérison, je suis sûr que tu m’exauces, “car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure” (Ibid.). Au lieu de me plaindre du retard de ton intervention, je veux plutôt guetter les occasions de te rendre grâce, et t’offrir le culte de louange et d’adoration du peuple sacerdotal que tu t’es acquis au prix de ton Sang. »


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