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 - 30 janvier 2023 - Sainte Martine
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Homélie

Férie de Carême

Notre-Seigneur dénonce dans cet évangile une des tentations les plus sournoises et dangereuses à laquelle tout croyant est sans cesse exposé et contre laquelle par conséquent il ne doit jamais cesser de se battre. Je la nommerai : « la réduction de la foi à une religiosité sans âme ». Décrivons sans concession les symptômes de cette maladie mortelle, qui est hélas en train de devenir une véritable épidémie.
Depuis le temps que nous sommes croyants, nous avons la conviction d’avoir fait le tour de la question et de savoir ce dont il retourne dans le christianisme. Nous pouvons réciter par cœur notre Credo - du moins la version « courte » - nous faisons de temps en temps acte de présence à la messe dominicale, et pour le reste nous naviguons à vue en essayant autant que possible d’éviter les « gros péchés ». Les commandements de Dieu et de l’Église ne s’imposent plus vraiment à nous, mais ils constituent encore des balises dont nous pensons qu’il est sage de ne pas trop nous écarter, et auxquelles il est bon de revenir après des excursions hors du périmètre autorisé.
A vrai dire : il y a longtemps que nous n’attendons plus rien de notre religion ! Notre appartenance au christianisme est une composante parmi d’autres de notre insertion sociale : si nous étions nés en pays musulman, n’aurions-nous pas tout aussi bien adhéré à l’islam ? D’ailleurs nous apprécions les efforts déployés de nos jours dans l’Hexagone pour faire prendre conscience « aux françaises et aux français » qu’ils sont libres de choisir leur appartenance : rien ne nous « oblige » à rester chrétien. Il est même fortement conseillé de se désendoctriner de la religion vieillissante de l’Occident pour « s’ouvrir » à la nouveauté des autres Traditions religieuses, afin d’opter pour ce qui correspond à nos aspirations du moment.
C’est ainsi que bon nombre de croyants sont allés butiner dans le jardin de l’hindouisme, du bouddhisme, du taoïsme, du soufisme,… en quête de « nouveautés » ou d’un renouvellement de leur foi.
Mais si la flamme de notre foi s’étiole, ce n’est pas en allant acheter de l’huile chez des marchands étrangers que nous allons pouvoir la ranimer ! Nous risquons de partager le triste sort des vierges de la parabole qui, revenant à la salle des noces, se sont vues refuser l’accès au banquet nuptial : « En vérité, je vous le dis : je ne vous connais pas » (Mt 25,12). Si ma foi s’affadit, ce n’est pas en raison de son message : « Jésus-Christ, hier et aujourd’hui, est le même, il l’est pour l’éternité » (He 13,8) ; la Parole du Dieu vivant a gardé toute sa puissance et sa nouveauté dans l’Esprit. Le problème n’est pas du côté de Dieu : c’est par ma négligence, mon manque d’engagement, que j’ai laissé ma foi se dénaturer peu à peu, jusqu’à n’être qu’une religiosité vide. Là où au départ mon adhésion au christianisme se fondait sur une rencontre personnelle avec Jésus, « mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20,28), j’ai peu à peu « oublié » sa présence, son message ne fit plus écho en moi, si ce n’est comme une utopie créatrice de culture ; ses préceptes me sont apparus moralisateurs ; les liturgies de l’Église me firent l’impression de rituels sans âme…
Une telle religiosité n’est plus qu’une triste caricature de la foi ; une foi morte à vrai dire puisqu’elle n’est plus vivifiée par l’Esprit, en qui nous disons « Jésus est Seigneur », et « Abba ! Père ».
On pourrait croire qu’il suffirait de la rencontre avec une âme embrasée pour ranimer les braises endormies. Dieu merci cela se passe parfois ainsi : le passage d’un prédicateur, la rencontre avec un ami croyant ou la participation à une liturgie particulièrement vivante peuvent provoquer un sursaut, conduisant à une démarche de conversion salutaire, prélude d’un nouveau départ. Hélas, en général, nous ne nous laissons pas ébranler aussi facilement que cela. Nous sommes tellement installés dans notre tiédeur, que les témoins nous dérangent. Argumentant avec beaucoup de sérieux à partir des Écritures et même de la Tradition - interprétés à notre école - nous nous érigeons en censeurs impitoyables de tout élan nouveau, de toute voix criant dans le désert qu’il faut se convertir. Il y aurait gros à parier que Jésus lui-même, s’il lui venait l’idée de revenir, se ferait reprendre, tant sur sa doctrine que sur son comportement. Nous n’avons que faire d’exaltés dans notre christianisme social bien-pensant. Et puis de nos jours, les chrétiens - à commencer par le Christ - doivent prendre conscience qu’ils ne sont plus les seuls à proposer une voie vers Dieu. Un peu d’humilité devrait vous conduire Mr Jésus, à vous mettre respectueusement à l’écoute de ces autres Traditions pour vous laisser instruire par leur sagesse séculaire, avant de vous lancer vous-même dans la prédication. Un peu plus d’ouverture et de tolérance ne vous ferait pas de mal, et pour tout vous dire : si vous persévérez dans l’intransigeance que vous avez manifesté lors de votre première venue, nous serons obligés de vous éconduire.

Rien de nouveau sous le soleil ! Le rejet que Elie, Elisée et Jésus ont subi de la part de leurs coreligionnaires bien-pensants, se continue chaque jour pour tant de chrétiens soupçonnés, mis à l’écart, rejetés parce qu’ils ont fait le choix d’appartenir au Christ et de lui obéir sans compromission.
Au nom de la « tolérance » - ce maître mot de nos idéologues contemporains - nous revendiquons le droit de vivre notre appartenance à Jésus dans la radicalité qu’implique toute relation d’amour vrai.
« Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin » : dans bien des situations, c’est malheureusement la seule réaction qu’il nous reste, lorsque l’annonce de la Bonne Nouvelle suscite des réactions défensives et offensives trop violentes - même de la part de « chrétiens » ! Certes, il nous faut toujours prendre en compte les critiques - tant sur le fond que sur la forme - qui nous sont adressées ; mais celles-ci n’expriment dans bien des cas, que le refus d’entendre l’appel à la conversion qui jaillit de la Parole. Il ne nous reste plus alors que le recours à la prière, l’intercession, la supplication, et pourquoi pas : le jeûne ? Afin que le Seigneur touche les cœurs et que ces frères et sœurs redécouvrent que toutes les sagesses du monde, aussi vénérables et sublimes qu’elles puissent être, manquent pour nous de l’essentiel, à savoir : notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu Sauveur !

« Seigneur Jésus, céleste médecin des âmes, qu’en est-il de la santé de ma foi ? Est-elle encore pleinement et exclusivement centrée sur toi ? Ma vie spirituelle est-elle une vie dans ton Esprit, ou s’est-elle réduite à une religiosité formelle ?
“Mon âme à soif de toi, le Dieu vivant” (Ps 41) : ne permets pas que j’aille puiser à d’autres sources qu’à celle de ton Cœur, d’où jaillit l’eau qui me purifie de la lèpre de mon péché (cf. 1ère lect.) et le Sang qui m’unit à toi dans un même amour. Arrache-moi à toutes mes idoles ; convertis-moi, Jésus, que je puisse “me présenter devant toi et déclarer : ‘Je le sais désormais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que toi !’ ” (1ère lect.) ».


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