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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

11e dimanche du Temps Ordinaire

« Simon, j’ai quelque chose à te dire ». Notre-Seigneur a surpris les cogitations de son hôte qui s’enlise dans une interprétation erronée de l’événement se déroulant sous ses yeux. En bon pharisien, il évalue la situation en termes de pur et d’impur. Il « sait » qui est cette femme qui touche le Rabbi ; il « sait » que tout homme qui entre en contact avec une pécheresse se rend lui-même impur ; il « sait » aussi qu’un prophète - un vrai - aurait immédiatement perçu le triste état de l’âme de cette femme, et qu’il ne se serait jamais laissé toucher par elle. La conclusion s’impose à notre homme de loi : ce Jésus de Nazareth est un imposteur ; il se fait passer pour un prophète, mais n’en a que l’apparence. C’est dans cet état d’esprit que Jésus le rejoint, pour lui ouvrir les yeux sur la face cachée de l’événement, c’est-à-dire sur son sens profond, qui ne se dévoile qu’aux yeux illuminés par la foi.
Le fait que Notre-Seigneur l’interpelle par son nom n’est pas anodin : « Simon » signifie « souviens-toi ». « Souviens-toi que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob que tu adores, ne repousse pas un cœur brisé de repentir (cf. Ps 50, 19). Souviens-toi comment il a pardonné à David sa double transgression lorsque le roi d’Israël avait ajouté le meurtre à l’adultère : il a suffi d’un sincère mouvement de repentance de la part du coupable, pour que Dieu renonce à appliquer la sentence qu’il avait prononcée contre lui (1ère lect.). Et je n’aurais pas pitié de cette fille d’Abraham qui mouille de ses larmes mes pieds en signe de repentir ? »
Simon a « oublié » le visage de miséricorde de Dieu qui s’annonçait dans les Écritures de la première Alliance ; il est enfermé dans une religiosité légaliste sans âme, dont Jésus va tenter de l’arracher, en lui proposant une parabole sous forme de devinette. Sous des abords très simples, celle-ci n’en demeure pas moins paradoxale. On s’attendait en effet à ce que ce soient les débiteurs qui sollicitent une remise de leur dette. Or il n’en est rien : l’initiative vient du créancier, et son motif est uniquement la compassion : « Comme ni l’un ni l’autre (des débiteurs) ne pouvaient rembourser, il remit à tous deux leur dette ».
Simon répond sans peine à la question que Jésus lui pose : la reconnaissance des débiteurs est évidemment proportionnelle à la dette annulée. Mais il n’est pas sûr que notre pharisien se soit rendu compte de la portée de son affirmation. C’est pourquoi Jésus va interpréter la situation qu’ils sont en train de vivre à la lumière de la réponse que Simon vient de lui donner. Notre-Seigneur fait comprendre avec beaucoup de délicatesse à son interlocuteur, qu’il est lui-même un des débiteurs de la parabole, l’autre étant la femme pécheresse. Dieu a remis leur dette à tous deux indépendamment de la gravité de leurs fautes respectives, et avant même qu’ils ne sollicitent son pardon. Mais tous deux n’ont pas pris conscience dans la même mesure, de la miséricorde divine. En bon pharisien, Simon se considère justifié en raison de son observance de la Loi. Comment pourrait-il dès lors discerner en Jésus le Sauveur qui le rétablit devant Dieu dans la justice ? Aussi la reconnaissance et l’amour sont-ils absents du repas qu’il offre à Jésus – repas qui n’est convivial qu’en apparence.
La femme par contre - dont le nom n’est pas mentionné parce qu’elle représente l’humanité pécheresse mais repentante - a compris que Dieu annule la dette de ses enfants pécheurs, non pas en raison de l’amour que ceux-ci lui témoigneraient - comment le pourraient-ils puisqu’ils sont coupés de la source de la charité ? - mais tout au contraire : afin qu’ils puissent l’aimer, en découvrant la gratuité de sa miséricorde.
On pourrait objecter que cette interprétation ne correspond pas à celle que donne Jésus lui-même, qui dit explicitement : « Si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour ». L’amour de la femme est ici désigné comme la cause du pardon, et non comme son effet. Cependant, une telle explication serait incompatible avec la parabole proposée par Jésus, dans laquelle le pardon est incontestablement antérieur à la reconnaissance qu’il suscite. Pour concilier ces deux interprétations apparemment contradictoires, il suffit de constater qu’elles décrivent l’événement de la réconciliation sous deux angles différents. Eu égard à la Croix de son Fils, Dieu a pardonné tous nos péchés, avant même que nous les commettions. Mais ce pardon ne nous est pas imposé. Notre part à nous est de reconnaitre en Jésus le visage de miséricorde du Père. Le pardon peut alors envahir notre cœur dans la mesure où il s’ouvre à la reconnaissance dans l’amour.
La cause première du pardon est donc bien l’initiative divine ; mais l’appropriation du don de Dieu dépend de l’accueil que nous lui réservons. Les péchés de Simon sont tout autant pardonnés que ceux de cette femme pécheresse ; mais il ne s’est pas ouvert au pardon que Jésus lui offre : chacun boit l’eau vive de l’Esprit à la mesure de sa soif. Si l’amour peut jaillir du cœur de cette femme, c’est parce qu’elle a entendu l’appel du Cœur de Jésus : « Vous tous qui avez soif, venez à moi, et buvez, vous qui croyez en moi ! Comme dit l’Écriture : “Des fleuves d’eau vive jailliront de votre cœur” » (Jn 7,37-38).

« Père saint accorde-nous de pouvoir, avec le psalmiste, “te rendre grâce en confessant nos péchés” (Ps 31), et verser le parfum de notre amour sur les pieds de Celui qui nous annonce la Bonne Nouvelle de notre réconciliation avec toi. En reconnaissant la grandeur de ta miséricorde, nous pourrons alors “chanter notre allégresse” pour le salut que tu offres gratuitement à “ceux qui comptent sur toi”. »


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