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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

Férie

Quelque soit sa nature, un trésor cher à nos yeux conduit à un réflexe de protection, quelques fois même à un réflexe de surprotection. Peu importe la nature de ce trésor : ses enfants, sa fortune, ou tout autre chose. Ce à quoi l’on tient énormément incite spontanément à un repli qui n’est jamais pur d’un certain égoïsme. Pourquoi l’évangile et le Royaume de Dieu échapperaient-ils à la règle ? Ne sont-ils pas ce que nous avons de plus précieux ?

L’enseignement que nous livre Jésus aujourd’hui pourrait être de nature à nous rassurer, disons : à nous déculpabiliser. Il suggère en effet que cette attitude ne serait pas répréhensible puisqu’il dit très clairement qu’il ne faut pas donner les perles aux pourceaux ; « ce qui est sacré, ne le donnez pas aux chiens », insiste-t-il clairement.

Évidemment, avant de nous déculpabiliser, cette parole nous rappelle d’abord à notre responsabilité. Le Royaume de Dieu est notre trésor le plus précieux, certes, mais en même temps qu’il nous est offert, il nous est confié. Il nous faut donc veiller à ne pas en faire n’importe quoi. Cette attitude ne procède donc pas d’un repli sur soi, la référence n’est pas en nous-mêmes.

Voilà qui peut nous rappeler que la communication de l’Évangile n’a de sens qu’ajustée aux projets de l’Esprit. L’évangile de la paix doit rejoindre les amis de la paix, ceux que l’Esprit a préparé à le recevoir, ceux qui l’attendent. Il est donc vain de le livrer à d’autres. Et même : il est de notre responsabilité que nous ne le livrions pas n’importe comment. Dieu ne brusque jamais les cœurs : nous pourrions, en arrivant trop tôt, faire prendre bien du retard ; nous pourrions, en clamant trop fort, rendre sourd.

Enfin, dernière implication de l’interdiction de Jésus, la valeur que nous accordons à la grâce qui nous est faite, se révèle à la façon que nous avons de la partager. Si, en ce monde, il est d’usage de réserver les mets de choix aux invités de marque, combien plus dans le Royaume convient-il de réserver le trésor que le Seigneur nous confie à ceux qui sauront l’accueillir.

La prescription du Seigneur dévoile ainsi sa dynamique. L’évangile ne s’écrit pas dans une suite de défenses et de négations. Pour garder la pureté évangélique, il n’y a pas à s’enfermer dans des communautés de « purs », seuls dignes des trésors du Royaume. Il faut au contraire exercer un discernement de tous les instants qui nous ouvre sur notre prochain et nous conduit à nous interroger sur ses besoins vitaux, sur sa découverte du Royaume, sur sa connaissance du Seigneur-Jésus.

L’exigence évangélique va loin au-delà de nos frontières et résume tout l’enseignement de la Bible : « tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l’Écriture : la Loi et les Prophètes ». Vous le savez, le jeu de résumer « la Loi et les prophètes » était prisé dans les écoles rabbiniques. Mais tous ces maîtres étaient trop courts ou négatifs, y compris le grand Hillel qui disait seulement : « ce qui te déplaît, ne le fais pas à autrui ».

Jésus, lui, un résumé positif. Il ne suffit pas de respecter une sorte de pacte de non agression, de cohabitation placide, il nous faut être actifs, entreprenants, vis-à-vis de nos frères. Le bien que nous avons nous-mêmes reçu est celui que Dieu nous a fait, le bien que nous désirons pour nous-mêmes est celui que Dieu seul peut faire. Eh bien nous avons, nous-mêmes, à prendre l’initiative de faire pour nos frères le bien que Dieu fait !

Voilà sans doute que nous venons d’esquisser une description des deux portes. Il est aisé de se contenter de vivre les uns à côté des autres. Cette façon de vivre, cette porte pour reprendre l’image de Jésus, est large et bien visible. Mais l’évangile demande de vivre les uns pour les autres, les uns au service des autres. Cette voie est difficile, elle fait connaître la souffrance. Mais elle mène à la vie, elle est la vie, car Dieu lui-même vit ainsi. Accueillons donc la grâce qui nous est faite de vivre de la vie de Dieu et laissons la porter son fruit de salut pour chacun nos frères, quoiqu’il nous en coûte.


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