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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Férie

Les disciples de Jésus ne jeûnent pas, explique leur maître, parce qu’il s’agit d’une pratique de pénitence et qu’ils sont à l’heure de la fête. Ils sont en effet les invités de la noce à l’heure où l’Époux est avec eux. Mais, concède Jésus, un temps viendra où ils jeûneront, car l’Époux leur sera enlevé. Cette situation, nous la reconnaissons, correspond à la nôtre. La pratique du jeûne a cours aujourd’hui dans l’Église, elle marque notre volonté de purification et notre désir de rester attentifs et disponibles au retour de l’Époux. Cette vieille tradition du jeûne, qui a trouvé dans l’histoire des hommes mille visages, depuis les plus rustiques dans les religions païennes qui l’assimilaient à une pratique hygiénique aux plus élevées comme dans le judaïsme, cette pratique trouve donc un sens et une place dans l’Église de Jésus-Christ.

Qu’en est-il de ces outres et de ces vêtements, neufs ou vieux ? Pourquoi Jésus recourt-il à ces images pour répondre à une question sur le jeûne ? Précisément parce que la question ne porte pas sur le jeûne en lui-même mais sur le fait que ses disciples pratiquent le jeûne (où, dans le cas présent, ne le pratiquent pas).

Le premier message de ces exemples est qu’il y a dans le Règne que Jésus est venu inaugurer une rupture radicale, une nouveauté qu’il faut accueillir sans concession. Jésus le sait et compte bien qu’il en soit ainsi : « on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres » ! Un changement de régime s’impose, c’est ce que vivent les apôtres. Mais dans l’exigence de ce changement, se trouve également toute la délicatesse et le respect du Seigneur Jésus pour ce que nous sommes : « autrement les outres éclatent, (…) et les outres sont perdues » ; manifestement il ne le veut pas !

Se mettre à la suite de Jésus est donc une opération exigeante et complexe. Il faut d’abord oser goûter le vin nouveau, ce qui ne va pas de soi. Le jeûne a son importance pour cela. Il entretient la mémoire sur notre situation de manque, sur la nécessité que nous avons de rester ouverts à la venue de l’Époux. Il nous faut ensuite disposer d’outres neuves pour accueillir le vin de l’Esprit. Elles se construisent au fur et à mesure que nous accueillons l’enseignement du Seigneur, au fur et à mesure que nous mettons en pratique son commandement nouveau. Enfin, il faut découvrir le nouvel usage des outres anciennes. Elles n’ont pas leur place dans la nouveauté de l’Esprit, mais elles peuvent contribuer, pour leur part, à l’avènement du Royaume. Le jeûne par exemple, trouve un sens nouveau quand les disciples de Jésus le pratiquent.

Jésus nous invite donc à un travail d’intégration. Cela n’est pas simple, car il faut discerner entre ce qui doit être définitivement abandonné et ce qui peut être converti à un nouvel usage ; il faut garder l’ancien sans se compromettre avec le contenu ancien (il serait si aisé de revenir au vin ancien et négliger le nouveau) ; il faut enfin apprendre de l’Esprit ce qu’il a choisi de retenir pour manifester le Royaume et préparer le retour de l’Époux.

Pour reprendre l’exemple de Jésus, cela pourrait être ne pas vivre un jeûne comme un exploit sportif, égoïste, ni renoncer à jeûner, sous prétexte que le Seigneur est présent au milieu de nous jusqu’ à la fin des temps. Apprendre le jeûne qui plaît à Dieu, celui qui nous permet de nous abandonner à lui et de marquer notre volonté de désormais vivre conformément à l’évangile.

Dans les noces que le Seigneur célèbre avec l’humanité, nous sommes invités à venir tout entiers, avec toute notre histoire et tous nos fardeaux. Rien de ce qui nous concerne n’est étranger au Seigneur. Faisons confiance à sa délicatesse, qui évitera que rien ne « déchire davantage » notre vieux manteau et qui saura trouver dans nos itinéraires tordus la route de l’évangile. Mais soyons prêts au dépouillement le plus radical, car il veut nous revêtir des vêtements du salut, de la robe nuptiale qu’il destine à toute humanité, dont la splendeur et la beauté ne sont pas celles des vêtements rapiécés.

Que l’Esprit nous donne l’intelligence nécessaire à ce discernement fondamental, qu’il nous donne l’audace de goûter ce vin nouveau qui donne sa qualité à la fête où le Père céleste nous convie.


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