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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Saint Ignace de Loyola

Après avoir donné à ses disciples une clé de lecture pour la parabole du bon grain et de l’ivraie, Jésus poursuit son enseignement sur « le Royaume des cieux » par deux autres paraboles, particulièrement brèves.
Le Royaume est don de Dieu ; un don qui n’est pas à attendre pour un lointain avenir : il est déjà là, caché au cœur du monde comme un trésor. Celui qui le découvre semble bénéficier d’un heureux hasard. On peut imaginer que c’est en labourant la terre que cet ouvrier agricole a fait sa découverte. Comme le lopin de terre qu’il travaille ne lui appartient pas, il n’a légalement droit qu’à la moitié du butin ; c’est pourquoi il « cache de nouveau » le trésor et s’empresse d’acheter le champ, au prix de « tout ce qu’il possède ». Ce n’est pas le trésor qu’il achète - un trésor est par définition « hors de prix » : si on l’achetait, ce ne serait plus un trésor - mais il acquiert le champ dans lequel le trésor est et demeure enfoui, car cet aspect mystérieux et caché est essentiel au trésor.
A nouveau cette parabole met en œuvre des réalités quotidiennes, au cœur desquelles surgit un événement inattendu, qui nous invite à porter un autre regard sur nos activités les plus routinières. La parabole nous révèle un autre monde, secrètement présent au sein même de celui que nous croyons connaître. Nous ne pouvons cependant entrer dans cet autre réalité qu’en renonçant à nos repères, car le Royaume caché possède sa logique propre à laquelle il nous faut accepter de nous soumettre. Concrètement, nous n’avons pas d’autre ressource que de prendre pour guide celui qui, en racontant la parabole, témoigne qu’il connaît la réalité dont il parle et le chemin qui y conduit.
Or la parabole que Jésus vient de proposer nous appelle à un choix radical, puisqu’il s’agit de « vendre tout ce que nous possédons » pour acquérir ce mystérieux champ contenant un trésor. C’est sur sa parole que nous sommes invités à tout risquer, dans un acte d’obéissance qui ne se fonde que sur la foi en sa Personne. On peut se demander si le trésor caché dans le champ de nos vies, ne serait pas précisément cet attachement inconditionnel à Jésus dans un abandon confiant de tout notre être ? Rien ne se voit à l’extérieur de cette appartenance, mais intérieurement, elle fait de nous des enfants de Dieu par la foi, et « puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ » (Rm 8,17).
La seconde parabole complète la première en insistant davantage sur le chemin qui conduit à la découverte. Si l’agriculteur semble trouver le trésor « par hasard », le négociant lui, est explicitement en quête de perles fines. Comme le premier il vaque à son activité quotidienne, mais la seconde parabole souligne davantage son désir : c’est parce qu’il cherche qu’il trouve « au hasard » de ses déambulations sur les marchés. Tout comme le trésor découvert dans le champ, la « perle de grande valeur » est infiniment plus précieuse que tout ce que le négociant sacrifie pour elle. Sa valeur étant sans commune mesure avec le prix payé pour son acquisition, on peut dire qu’elle est « donnée » tout comme le trésor. Mais la seconde parabole souligne que le don vient combler une attente, un désir qui s’est préalablement creusé tout au long d’une recherche patiente et persévérante.
Le négociant qui a acheté la perle rare ne l’a pas acquise pour la revendre ; pas plus que l’agriculteur n’a monnayé ce champ pour dilapider son trésor. Nos deux personnages ont tout vendu pour acquérir un objet dont ils ne tireront aucun bénéfice matériel. Les voilà radicalement pauvres aux yeux du monde - de notre monde - mais étonnamment riches dans l’autre monde - celui auquel la parabole nous donne accès. Leur « valeur boursière » s’est effondrée, mais leur vie a pris un « poids » d’éternité, que nul, pas même la mort, ne pourra leur ravir.

« Seigneur, tu es décidément un conteur hors pair ! Nul autre que toi peut nous dévoiler comme tu le fais, le Royaume caché au cœur de nos vies quotidiennes. Puissions-nous nous laisser toucher et séduire par tes paraboles ; et que la découverte émerveillée du don de Dieu nous donne le courage de vendre joyeusement tout ce que nous possédons pour acquérir « la meilleure part » : celle qui « ne nous sera pas enlevée » (Lc 10,42).


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