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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

32e dimanche du Temps Ordinaire

quelques jours de la fête de la Toussaint et de notre intercession pour nos frères défunts, la liturgie nous invite à méditer sur le mystère central de notre foi : la résurrection.

Les textes choisis nous invitent à prendre conscience que la résurrection n’est pas seulement un phénomène post-pascal. Elle concerne toute l’humanité, même ceux qui ont précédé Jésus dans le cours de l’histoire ont pu connaître ce mystère. Les rabbins prétendaient ainsi que chaque verset de la Torah parle de la résurrection ; si les hommes ne sont pas capables de discerner sa présence, c’est que leur foi n’est pas assez forte. Il est donc logique de trouver dans l’Ancien Testament des témoignages de la foi en la résurrection. La lecture du livre des Maccabées que nous venons de faire en présente un des tout premiers.

Il s’agit d’une déclaration pleine d’espérance : « le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » et qui prend des accents très concrets : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, et c’est par lui que j’espère les retrouver ». Cette conviction trouve son fondement dans la fidélité de Dieu. Puisque nous acceptons de perdre la vie par fidélité à Dieu, il ne permettra pas notre perte et nous rendra justice, expliquent les jeunes martyrs. La première condition pour ressusciter est donc notre confiance dans la fidélité de Dieu.

Cette confiance indéfectible est illustrée par Jésus sur la Croix : « entre tes mains je remets mon esprit ». Puisque Dieu est fidèle, lui remettre notre vie et tout ce que nous sommes, est s’assurer que personne ne nous en dépossèdera, et que la vie nous sera rendue. Mais cette attitude doit être bien comprise, car elle n’est pas un investissement, une sorte d’assurance à long terme : se réfugier en Dieu est se livrer à lui. Il s’agit d’un véritable acte d’abandon à sa volonté. Au seuil de la résurrection apparaît donc une difficulté de taille. Que Dieu défende et protège mes intérêts est facilement concevable, les païens en font autant ; mais pour qu’il puisse le faire, que je doive tout lui remettre, même ma vie, est un combat.

Ce point est crucial et mérite qu’on s’y attarde. Avant d’être un couronnement ou une récompense, la résurrection est en effet en elle-même un combat.

Nous avons pour première preuve les doutes des sadducéens qui interrogent Jésus. L’exemple un peu grotesque de la femme qui épouse sept maris successifs au nom de la loi du lévirat montre qu’ils perçoivent la résurrection comme une continuité avec la vie terrestre, c’est pourquoi ils la refusent. Ils ont raison. Mais ils ont à faire un pas de plus qui est d’accepter la résurrection pour ce qu’elle est au lieu de se contenter de la refuser pour ce qu’elle n’est pas.

Comme l’explique Jésus quand il fait allusion aux anges, il y a un vrai hiatus entre la vie que nous connaissons ici-bas et celle qui nous sera donnée en partage dans la maison du Père. Notre condition sera celle des anges, c’est-à-dire que nous serons sans cesse et de manière évidente en présence de Dieu. Nous serons en parfaite communion avec lui, l’expression de notre vie ne sera qu’action de grâce. Tout amour vécu ici-bas dans l’ordre de la charité demeurera et sera transfiguré. Le mariage en tant qu’institution n’aura plus de raison d’être, mais l’époux et l’épouse connaîtront Dieu au cœur de l’amour qui les unit pleinement l’un à l’autre.

Nous connaissons cette différence d’ordre. Mais le danger subsiste d’imaginer seulement un saut qualitatif, de considérer qu’aujourd’hui on aime comme on peut, alors que demain nous aimerons parfaitement. En somme, la vie des ressuscités serait une vie semblable à la nôtre, mais perfectionnée. Or la différence est radicale. Elle est annoncée dans l’évangile par l’expression « quand Jésus passa de ce monde à son Père ». Jésus passe d’un monde à un autre. Ce passage se fait par la mort, une vraie mort. Pas seulement une mort biologique, mais une mort métaphysique, si l’expression existe. C’est-à-dire que la résurrection n’est pas une simple réanimation biologique qui réduirait la mort à un sommeil douloureux et temporaire, mais elle est un passage de la mort à la vraie vie. C’est pourquoi la résurrection de Jésus est la victoire contre la mort, la mort en elle-même, et non la victoire contre une mort particulière, celle d’une personne déterminée, Jésus de Nazareth. Nous le disons d’ailleurs dans le Credo : « il est ressuscité d’entre les morts », et non pas « quelqu’un de mort est ressuscité ». Ce n’est pas sa mort qui est dépassée, mais la mort qui est vaincue.

Voilà l’ampleur de la résurrection. Ainsi, nous disons qu’elle est un combat, parce qu’elle en a été un pour Jésus lui-même. Le mystère du samedi saint est celui du Christ qui nous extirpe de la mort. Il n’y a donc pas que la Passion et la Croix qui soient un combat, la résurrection l’est aussi. On peut l’assimiler aux douleurs de l’enfantement, elle fait que Jésus n’est pas seulement le ressuscité, il est aussi le ressuscitant, le principe actif de la résurrection des hommes.

Ce combat de Jésus est aussi le nôtre. De même qu’entre la Croix et la Résurrection il y a un délai, un espace pour l’attente et la lutte, entre la victoire définitive de Jésus remportée au matin de la Pâque et l’avènement du Christ dans la gloire, il y a un temps où nous luttons encore contre la mort. Entre notre baptême où nous sommes plongés dans la mort du Christ et notre entrée dans la plénitude de la vie, il y a l’espace de notre pèlerinage intérieur. C’est le temps où le Christ nous attire à lui, le temps où il nous enfante à la vie dans les douleurs de nos résistances. Le temps où la résurrection est une lutte.

Il est donc grand temps de nous affranchir de nos raisonnements de sadducéens, pour laisser le Christ nous enfanter à la vie des ressuscités, la vie filiale qui seule peut faire notre béatitude. Nous ne connaîtrons pas le Dieu vivant tant que nous ne nous serons pas abandonnés à la victoire de sa résurrection qui marque notre entrée de la vie de l’Esprit.

La louange et les psaumes sont une arme de ce combat, ils nous font participer déjà à la louange des anges et des fils. Ils chantent la gloire de celui qui nous appelle à la vie, tenant pour vraies et présentes les richesses à venir. Nous l’avons prié tout à l’heure : « Et moi, par ta justice, je verrai ta face : au réveil, je me rassasierai de ton visage ».


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