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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

Saints Côme et Damien, martyrs,

Jésus ne se mêle pas à la discussion qui s’élève entre les disciples : il se contente de poser un geste, que l’on peut qualifier de prophétique. Il place un enfant - symbole du sans-droit - à côté de lui, c’est-à-dire à la place d’honneur ; et comme si cela ne suffisait pas, il s’y identifie : « Celui qui accueille en mon nom cet enfant, c’est moi qu’il accueille ».
Il ne s’agit pas d’un acte philanthropique : Notre-Seigneur précise que l’accueil doit être fait « en son nom », c’est-à-dire en qualité de disciple. C’est donc par égard pour le Christ que le disciple se met au service des plus méprisés, des laissés pour compte, cherchant à imiter l’attitude de son Maître, qui s’est abaissé jusqu’à prendre la dernière place, afin de s’identifier à chacun de ces petits. Notre-Seigneur ajoute que celui qui se met à son service dans la personne d’un « enfant », sert aussi son Père auquel il est étroitement uni.
Alors que dans le monde, celui qui se fait serviteur des plus petits leur est associé et est considéré lui-même comme petit, Jésus nous déclare que dans la logique du Royaume, c’est tout au contraire celui qui s’abaisse qui est le plus grand. N’est-ce pas précisément pour que les plus petits soient accueillis auprès de Dieu que Jésus s’est « livré aux mains des hommes » (Lc 9,44) ? C’est ce qui se réalise sur la Croix, lorsque Jésus promet au larron repentant : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23,43).
Le dialogue qui suit - placé par l’évangéliste en réponse à l’appel au service des plus humbles - démontre une fois de plus l’incompréhension dont fait preuve l’entourage de Jésus. Pourtant, Jean est, après Pierre, celui que Saint Luc honore d’une place toute particulière parmi les apôtres. C’est encore une question de préséance qui est à l’horizon de ce nouveau débat : un exorciste juif, voyant l’autorité des apôtres sur les démons, se sert du nom de Jésus dans son ministère, sans pour autant adhérer au groupe de ceux qui suivent Notre-Seigneur. Pour Jean et les Douze, il usurpe un droit qui leur revient exclusivement en tant que disciples. La discussion ne fait que se déplacer du niveau individuel - « savoir qui était le plus grand parmi eux » - au niveau communautaire : le groupe des disciples revendique une supériorité sur ceux qui n’adhèrent pas à leur Maître.
Telle n’est pas la position de Jésus : celui qui utilise son nom pour chasser les démons, reconnait implicitement qu’il vient de la part de Dieu. Même s’il ne marche pas concrètement à la suite de Notre-Seigneur, il est un allié qui participe indirectement à la mission des apôtres. Saint Paul écrira de façon lapidaire aux Philippiens : « Du moment que le Christ est annoncé, je m’en réjouis, et je m’en réjouirai toujours » (Ph 1,18). Ce qui compte, c’est l’extension du Royaume de Dieu que le Christ Jésus est venu instaurer sur terre, et dont il a confié la croissance à son Eglise.
Ce Royaume ne peut être édifié sur d’autres fondements que sur le Christ, car « ce Jésus est la pierre d’angle que les bâtisseurs avaient rejetée, et qui est devenu la pierre d’angle. En dehors de lui, il n’y a pas de salut. Et son nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver » (Ac 4,11-12). Ceci étant acquis, le principe que Jésus vient d’énoncer pour chaque disciple en particulier - diminuer pour accueillir « l’enfant » - vaut également pour la communauté ecclésiale toute entière : elle doit renier l’idole du « nous » collectif, en se mettant au service du plus petit, sans quoi elle risque de se préoccuper de sa propre gloire ou de la défense de sa puissance au sein de ce monde. De nos jours, cette tentation s’est sans doute quelque peu éloignée, mais l’histoire nous prouve que ce danger est bien réel. C’est pourquoi toute communauté ecclésiale doit vérifier qu’elle demeure centrée sur le Seigneur qu’elle a choisi de suivre et pas sur elle-même. Le « nous » des croyants ne saurait constituer le fondement de l’Eglise : « Les fondations, personne ne peut en poser d’autres que celles qui existent déjà : ces fondations, c’est Jésus-Christ » (1 Co 3, 11). Le disciple se définit par sa proximité avec le Seigneur (Lc 11,23), et c’est cette intimité qui en fait un membre de la communauté rassemblée autour de lui, dans un commun désir de le servir. L’Eglise ne préexiste pas au Christ et ne peut se substituer à lui ; elle ne peut même pas s’identifier à lui - même si Jésus s’identifie à elle (Ac 9,4) - car le Verbe incarné transcende infiniment son Eglise. Aussi pour éviter toute auto-complaisance stérile, Notre-Seigneur continuera, jusqu’à son retour glorieux, de s’identifier aux plus petits, afin de garder ses disciples attentifs à leur mission première : rassembler tous les hommes ses frères, en manifestant un amour de prédilection aux plus démunis.

« Seigneur sauve-nous de l’idolâtrie de notre personne ou de nos communautés ! Ouvre nos yeux sur ta présence au milieu de nous dans le laissé-pour-compte. Fais-nous découvrir ton visage sur celui des frères et sœurs que nous évitons habituellement de rencontrer. Comment pouvons-nous avoir bonne conscience en t’adorant dans la présence réelle de ton Eucharistie, tout en te méprisant dans le pauvre, sacrement lui-aussi de ta présence parmi nous ? Réveille-nous de nos torpeurs, secoue nos paresses, bouscule nos indifférences, arrache-nous à nos peurs, que nous puissions “accueillir en ton nom” tous ceux que tu confies à notre charité, et les placer au centre de nos communautés, “à côté de toi”, puisque telle est la place que tu leur réserves. »


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