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 - 31 janvier 2023 - Saint Jean Bosco
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Homélie

3e dimanche du Temps Ordinaire

Saint Matthieu nous explique que Jésus « quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali ». Cette précision revêt à nos oreilles un cachet un peu exotique. Mais l’objectif de l’évangéliste n’est évidemment pas de nous donner des renseignements touristiques, d’autant plus que ceux à qui il écrivait connaissaient parfaitement les lieux. Sa visée est théologique et il l’explique aussitôt : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe ». Et de citer la première lecture que nous avons entendue. Reprenons-la ensemble un instant.

Zabulon et Nephtali sont deux régions situées du Nord. À l’époque dont parle Isaïe, le royaume d’Assyrie les annexa et les humilia fortement. La honte de la défaite et le souvenir des déportations furent un traumatisme cuisant. Or, le prophète l’annonce fermement, ces souvenirs seront bientôt effacés. La conviction du prophète est si grande qu’il se permet de parler déjà au passé : « sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi ». Autrement dit, à ceux à qui il veut redonner l’espérance dans le Seigneur qui sauve son peuple, Isaïe n’hésite pas à parler comme si le salut promis était déjà arrivé. Telle est bien la force de la Parole de Dieu : elle réalise ce qu’elle annonce. En conséquence, Isaïe considère-t-il que la joie de la libération promise peut légitimement déjà s’exprimer : « ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson ». Le prophète évoquer la joie à venir et invite audacieusement à en vivre déjà, par la foi.

Le psaume reprend en écho ces encouragements : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur ». Cette foi qui permet de se réjouir déjà des biens promis repose sur une authentique connaissance de Dieu : le « Seigneur est ma lumière et mon salut ». Ainsi, c’est par la foi qu’on possède les réalités qu’on espère. De plus, le possessif, « ma » lumière et « mon » salut, introduit une dimension originale dans la relation au salut : ce possessif est lui-même acte de foi. La lumière qui se lève pour les nations se lève pour moi. Le salut promis à Zabulon et Nephtali est la libération qui m’est offerte personnellement. Je le crois.

Il est donc essentiel au croyant de proclamer les psaumes. Le croyant trouve sa force dans cette proclamation qui le dépasse et qui le rend libre parce qu’elle est la vérité. « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ». Il redit l’espérance qui l’habite et affirme son accomplissement. Ce faisant, il s’appuie sur le roc et devient un roc pour ceux qui l’écoutent. Ainsi, par la citation qu’il fait de la prophétie d’Isaïe, saint Matthieu nous enseigne que nous pouvons redoubler de joie car non seulement la promesse de libération s’accomplit mais encore elle s’accomplit en Jésus-Christ. Voilà exactement ce qu’il nous dit lorsqu’il explique que Jésus est venu s’installer à Capharnaüm.

Quant à la deuxième lecture, il ne faudrait pas la réduire à un appel à l’unité dans nos communautés. Ce texte est également à lire dans la ligne de l’évangile de ce jour où Jésus lance un appel à la conversion, où Jésus appelle ses premiers disciples. Saint Paul nous rappelle ainsi qu’au-delà de Paul, Pierre ou Apollos, il y a le Christ. Tous les regards doivent constamment être tournés vers lui. Lui s’est livré pour nous, lui seul nous sauve. Ainsi, quand il appelle ses disciples, Jésus ne cherche pas à réunir des compétences dont il aurait besoin (que manquerait-il à la lumière des nations ?) : il rassemble ceux qu’il a souverainement choisis pour être les témoins de son Évangile. Aussi saint Paul peut-il dire : « D’ailleurs, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ ». Ce n’est pas au nom d’une compétence d’orateur qu’aurait acquise saint Paul qu’il a été choisi, mais pour annoncer un Messie crucifié, folie pour la sagesse du monde.

Une nouvelle fois, les textes de ce jour nous placent en opposition avec la logique mondaine. Après avoir été invités à nous réjouir sans attendre la réalisation complète d’une promesse, les lectures nous demandent d’annoncer une Bonne Nouvelle sans chercher à la justifier. Elle est sa propre justification car elle opère le salut qu’elle annonce.

Au final, la foi est aussi simple qu’un matin qui se lève. Mais il s’agit d’une aurore nouvelle, l’astre d’en haut se levant sur le peuple qui habite les ténèbres est le Christ lui-même. Nous avons à entrer dans la nouveauté de cette lumière : « convertissez-vous car le Royaume des cieux est tout proche ». Il est temps de passer des ténèbres à la lumière, du péché à la vie filiale, de la désespérance à l’espérance, de l’accablement à l’allégresse. La démarche de conversion est personnelle, comme l’appel de Jésus est un appel à le suivre adressé personnellement.

Là est le chemin du salut. « Venez derrière moi », nous dit Jésus. Il n’a pas dit « venez avec moi » comme si nous marchions d’égal à égal. Il dit « venez derrière-moi », c’est-à-dire : « devenez mes disciples », ou encore : « mettez-vous à mon école ». Il nous invite à entrer dans une relation de maître à disciple. La conversion que Jésus demande est donc un abandon de nos revendications, de nos désirs d’autonomie, de nos choix de mort qui ont enténébré le monde. Cette conversion est le choix d’un maître à suivre et à imiter, elle est le choix exclusif de Dieu.

Notre plus grand émerveillement à l’écoute de cet ordre de Jésus n’est pas dans le chemin qu’il ouvre vers la vie. Le plus touchant est que cet ordre est également une prière. Quand il vient pour nous sauver, Dieu a la délicatesse de commencer par nous demander notre collaboration. Voilà donc comment s’y prend notre Seigneur avec les provinces humiliées. Il ne se contente pas de les couvrir de gloire, selon la promesse faite par son prophète Isaïe, mais il les invite à relever la tête, il leur donne d’accueillir dans la dignité la gloire qu’il leur avait promise.

Ensuite, l’humanité entière est appelée à accueillir le salut. « Galilée, carrefour des nations » est l’expression de cette promesse de l’ouverture du salut à tous les peuples de la terre. Promesse que, quelles que soient les oppositions et les persécutions, celle de Jean-Baptiste ou, plus tard, celle des disciples de Jésus, le rayonnement de la lumière de la résurrection transfigurera le monde entier. Les signes attestent la vérité de la Parole, le Royaume de Dieu est bien là, car « toute maladie et toute infirmités » sont guéries.

Alors sans hésiter, mettons-nous avec une radicalité renouvelée à la suite de celui qui nous appelle à passer des ténèbres à son admirable lumière, et redisons avec le psalmiste la seule prière de demande qui ait de l’importance : « J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie »


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