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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Férie de Carême

L’évangile de ce jour n’est pas facile. Jésus nous sort-il vraiment de l’impasse ? Il nous dit de ne pas rabâcher quand nous prions, mais pour ce faire… il nous apprend à réciter une prière ! Une prière que nous récitons à présent trois ou quatre fois par jour. Le risque de rabâcher est grand ! Et ce n’est pas la seule difficulté : Jésus nous dit de ne pas rabâcher, car « votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l’ayez demandé ». Alors, à quoi sert-il d’adresser ses demandes au Ciel ?

Il y a plusieurs manières de répondre. La première lecture nous donne une piste : « ma parole, dit le Seigneur, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission ». La prière que nous donne Jésus n’est donc pas une prière comme les autres. Elle est Parole de Dieu ; quand nous la prions, elle accomplit ce qu’elle annonce.

Mais ne négligeons pas la pédagogie de l’Église qui nous prépare jour après jour aux fêtes de Pâque. Toute notre semaine, y compris cet évangile, est placé dans la dynamique de l’évangile de dimanche dernier, l’évangile des tentations de Jésus.

Or ces tentations avaient pour objet l’identité filiale de Jésus. « Si tu es le fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ». Le « si » n’est pas un conditionnel ; Jésus comme Satan savent bien qu’il est le fils de Dieu. Le sens de la phrase est : « puisque tu es le fils de Dieu ». Autrement dit, l’enjeu des tentations est de savoir comment se comporte le fils de Dieu. Pour nous, cela revient à savoir ce que cela change d’avoir Dieu pour Père.

Nous nous souvenons quelle réponse Jésus a faite. Bien qu’il ait faim, il n’exige pas du Père que les pierres se transforment en pain – Dieu sait bien de quoi nous avons besoin. L’homme doit d’abord vivre « de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », c’est-à-dire qu’être fils consiste d’abord à écouter la parole du Père. De même, la deuxième tentation : se jeter du haut du temple est un chantage au suicide pour exiger du père qu’il fasse vivre le fils malgré lui et malgré tout. Mais un père n’est pas là pour ça, aucun fils n’est dispensé d’assumer sa vie. Il n’y a pas à mettre son père à l’épreuve mais à vivre dans l’obéissance.

Le sens de la recommandation de Jésus est ainsi mieux éclairé : la prière que devons faire à Dieu ne doit pas nous représenter devant lui – il nous connaît mieux que quiconque, il nous a créés –, elle doit nous ajuster à lui ! Quand nous prions Dieu, nous avons à nous ajuster en tant que fils et filles de Dieu. Dans les tentations qu’il a bien voulu subir, Jésus nous enseigne que, même si nous avons faim au point de désirer que les pierres se changent en pain, nous n’avons pas à encombrer nos prières de demande d’objets et de besoins, parce que la seule demande qui compte est d’être des fils rassemblés autour de leur père.

Dire : « Notre Père » oriente donc toute la suite de notre prière. En appelant Dieu « notre Père », non seulement nous reconnaissons Dieu comme Père, ce qui n’est pas rien, mais nous lui disons encore notre désir qu’il soit notre Père. La première demande et la plus importante des demandes est contenue dans cette introduction : Dieu, sois notre Père, manifeste que tu es un Père pour nous.

Pour finir, remarquons que la prière de Jésus s’ouvre avec l’adresse du père et se termine avec la mention de Satan. Là encore, nous avons à cueillir un des fruits de l’évangile de dimanche. Lors de la troisième tentation, l’Ennemi proposait à Jésus de l’adorer. Cette fois, Satan ne propose pas à l’humanité de sortir de ses devoirs ou de contrarier sa raison d’être, puisqu’il fait référence à l’acte d’adoration, qui est la plus noble et la plus intense activité humaine. Mais en prétendant qu’elle lui soit destinée, l’Ennemi dévoile qu’il veut prendre la place du Père. Tel est le sens de la construction de la prière de Jésus. Il y a un danger pour l’homme de se tromper de père.

Cette prière que nous enseigne Jésus n’est donc pas une prière de plus à ajouter à notre collection. Il n’y a aucun risque de la rabâcher : elle dit l’enjeu le plus fondamental de notre vie et elle nous donne de le réaliser. Seigneur notre Dieu, sois Notre Père, nous te choisissons, toi, la source de la vie, notre créateur. Que ta volonté de salut se réalise en nous pour que nous goûtions dans sa plénitude la joie d’être tes fils.


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