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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

Férie du Temps Pascal

Verset par verset, le 4ème évangile nous fait pénétrer dans les profondeurs du mystère trinitaire ; continuons à contempler le « jeu de l’amour divin », afin de mieux y découvrir notre place.
Nous venons d’entendre l’aveu de Jésus : « J’aime le Père ». Le Père est l’objet exclusif de son amour filial. Il est tout entier tourné vers Celui qui l’engendre à chaque instant et vers lequel il reflue dans un élan d’amour réciproque. Devant une dilection aussi exclusive, nous pourrions être inquiets et nous demander ce qu’il en est de nous : si l’affection du Fils le porte tout entier vers le Père, reste-t-il de la place pour nous dans son Cœur ?
La réponse nous est donnée aujourd’hui : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé ». L’affirmation devrait nous rassurer : oui, le Seigneur nous aime ; mais cet amour qu’il nous porte, procède encore du Père et lui est tout entier référé. C’est précisément parce que le Fils est totalement transparent à la volonté du Père auquel il est uni dans une communion d’amour parfaite, que l’amour du Père peut traverser le Fils jusqu’à nous, autrement dit : que le Père peut nous aimer en son Fils. Jésus est engendré dans l’amour du Père, amour qu’il laisse librement déborder jusqu’à nous. Non seulement Jésus consent à se laisser traverser par cet amour du Père pour nous, mais lui-même nous aime dans la surabondance de l’amour qu’il reçoit du Père.
Tel est le sens du « comme » et de l’ « aussi » : nous sommes aimés par le Père du même amour dont il aime le Fils, parce que le Fils consent à nous partager cet amour et à nous le transmettre. Ce faisant, il accepte de partager également sa condition filiale, et lui, notre Créateur, consent à nous accueillir comme ses frères.
Bien sûr cet amour nous est offert et non imposé. D’où l’invitation pressante : « Demeurez dans mon amour ». Puisque l’amour du Père qui nous filialise descend jusqu’à nous par le Fils, notre réponse doit aussi remonter vers le Père par lui ; elle doit se mouler dans la réponse du Fils. Or Jésus demeure dans l’amour du Père en gardant fidèlement ses commandements, c’est-à-dire en restant en communion parfaite de volonté avec lui ; c’est ainsi qu’il ne pose aucun obstacle à la circulation de cet amour et que celui-ci peut déborder jusqu’à nous. Dès lors, si nous aussi nous voulons demeurer dans l’amour du Père qui nous vient par le Fils, il suffit que nous soyons fidèles aux commandements de celui-ci, afin de rester en parfaite communion de volonté avec lui, comme lui-même est en communion avec le Père.
L’amour dont parle Jésus est donc bien plus qu’un sentiment : c’est un acte de volonté qui s’incarne dans une obéissance et une fidélité à toute épreuve, comme le vérifiera bientôt la Passion.
A l’orée de l’Evangile, les deux premiers disciples demandaient : « Rabbi, où demeures-tu ? » (Jn 1,38). Jésus répond aujourd’hui : « Je demeure dans l’amour du Père » ; aussi si vous demeurez dans mon amour, vous demeurerez avec moi dans ce même amour, car je vous aime de l’amour même que me porte le Père et dont il vous aime à travers moi. Quant au chemin vers cette demeure divine, nous le connaissons : Jésus lui-même, dans sa relation à son Père, est notre chemin, notre vérité et notre vie.
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous ». Si le disciple demeure en son Maître, celui-ci demeure aussi en lui et lui communique sa joie d’être engendré à chaque instant par l’Amour infini. Joie qui fit tressaillir Jésus et exulter Marie ; joie de l’Esprit qui n’est autre que la Vie même de Dieu. « Que vous soyez comblés de joie » : tel est le dessein de Dieu sur ses enfants. Où est-il le Dieu jaloux de notre bonheur que suggérait le Serpent de la Genèse ?

Ce que le prophète Isaïe avait entrevu, se réalise pour nous dans la Résurrection de Jésus et l’effusion de l’Esprit sur les croyants. « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle ; c’est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer. L’exultation que je vais créer ce sera Jérusalem, et l’enthousiasme ce sera son peuple ; oui ; j’exulterai au sujet de Jérusalem, et je serai dans l’enthousiasme au sujet de mon peuple » (Is 65, 17-19).
Comme le Père est toute la joie du Fils et que le Fils est toute la joie du Père, ainsi nous aussi, lorsque nous serons parvenus à « l’unité parfaite » (Jn 17,23) dans l’Esprit, ferons-nous la joie de Dieu, en qui nous trouverons notre béatitude.
Pour hâter ce jour efforçons-nous comme Jean-Baptiste, d’être les « amis de l’époux » qui se tiennent près de lui, et l’écoutent (Jn 3,29). Car dès à présent nous pouvons être « comblés de joie par la voix de l’époux » (id) si nous l’accueillons dans un cœur humble et disponible. Mais pour cela, « il faut qu’il grandisse et que moi je diminue » ; alors « notre joie soit parfaite » (3, 30) et nous serons « comblés de joie » dans l’Esprit.


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