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 - 30 janvier 2023 - Sainte Martine
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Homélie

Férie du Temps Pascal

Pierre vient d’être confirmé dans son ministère de Vicaire de l’unique Berger alors qu’il l’a pourtant trahi par trois fois. Nous découvrons avec le premier parmi les Apôtres, que l’amour de Jésus n’est pas conditionné par notre fidélité, mais que tout au contraire nous ne pourrons être fidèles qu’en nous appuyant sur cet amour miséricordieux.
« En se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait » : Pierre se retourne, comme pour évaluer sa mission ; mouvement de conversion vers ceux que Jésus vient de lui confier. Or la première brebis qu’il aperçoit, est celle qui, contrairement à lui, a suivi le Maître jusqu’à la croix, dans la fidélité de l’amour.
« Et lui, que lui arrivera-t-il ? » Toute l’attention se déplace de Pierre vers le « Disciple », qui occupe l’avant-scène des derniers versets de l’Evangile.
Qui est-il donc ce « disciple que Jésus aimait » ? Si l’évangéliste le désigne ainsi, c’est qu’il était connu sous ce pseudonyme dans les premières communautés. Il est dès lors peu probable qu’il s’agisse de l’apôtre Jean, frère de Jacques et fils de Zébédée. Les historiens pensent que ce Disciple a fondé l’Eglise d’Ephèse, où il s’est retiré avec Marie après la Pentecôte. L’auteur du 4e évangile pourrait bien être le prêtre Jean, qui lui succéda à la tête de l’Eglise d’Ephèse après sa mort. C’est lui qui aurait rassemblé et diffusé les écrits dans lesquels « le disciple que Jésus aimait » avait consigné son témoignage, dont le dialogue énigmatique entre Jésus et Pierre que nous lisons aujourd’hui fait partie.
Il semblerait que le terme grec traduit par « Si » dans le texte liturgique, exprime une volonté délibérée : « Puisque je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » Saint Augustin commente : « Lorsque le Seigneur dit : “Je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne”, il ne faut pas l’entendre comme s’il avait dit “rester” au sens de rester en arrière ou de s’installer, mais au sens d’attendre. Car ce que saint Jean symbolise ne doit pas s’accomplir maintenant, mais quand le Christ viendra ». Pour saint Augustin en effet, le Disciple représente la vie contemplative, qui ne trouvera sa récompense que dans la demeure d’éternité, alors que Pierre symbolise la vie active, qui se terminera avec la fin de ce monde. C’est pourquoi Jésus dit à Pierre « Toi, suis-moi », car c’est maintenant le temps de l’action ; et parlant du Disciple : « qu’il reste jusqu’à ce que je vienne » lui donner les biens éternels. La Parole de Jésus à propos du Disciple, invite dès lors à un autre martyr (= témoignage), à côté de celui de Pierre : le martyr de la vie filiale, c’est-à-dire du don de soi au quotidien, dans la persévérance d’un amour de charité qui ne se reprend pas malgré les épreuves et les contradictions.
Un lien est ainsi établi entre les derniers et les premiers versets de l’Evangile : « Ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là ». Tout le parcours auquel nous convie saint Jean consiste dans la découverte progressive du mystère du Père. C’est lui la « demeure » du Fils, et c’est en lui, que par la médiation de ce Fils, le disciple est appelé à demeurer lui aussi.
Peut-être pouvons-nous risquer encore une autre interprétation. Saint Pierre pourrait symboliser le « vieil homme » en nous, qui doit accepter de suivre Jésus sur le chemin de la croix ; c’est-à-dire : qui doit renoncer à ses manières trop humaines d’envisager le Royaume et apprendre à « passer derrière son Maître » pour éviter de lui être un obstacle, car « ses pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (cf. Mt 16,23). Le « disciple que Jésus aimait » pourrait symboliser l’homme nouveau, celui qui, au pied de la croix, est « né de l’eau et de l’Esprit » (Jn 3,5), et qui vit dès à présent de la Vie même de son Seigneur ressuscité. Si l’homme ancien en nous doit encore passer par la croix, l’être spirituel « demeure » dès à présent dans la maison du Père.

« Seigneur, envoie sur nous ton Esprit en surabondance, afin que notre être intérieur puisse reposer dès à présent avec Jésus dans la demeure du Père, tandis que notre être extérieur continue de s’investir généreusement dans l’action sur les traces du Christ. »


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