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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

samedi, 30ème semaine du temps Ordinaire.

Le verset introductif de la péricope de ce jour est très clair : ce repas est une mise à l’épreuve. Un des chefs des pharisiens a convoqué ses collègues et invite Jésus afin de pouvoir « l’observer » - nous dirions : pour épier ses moindres faits et gestes, et soupeser ses paroles, afin de pouvoir l’accuser. Dans un tel contexte on pourrait croire que l’entrée en matière du Seigneur n’est pas très prudente ! En fait, son intervention faisait partie du « genre littéraire » adopté au cours de ces repas, qui étaient l’occasion de débats théologiques autour de sentences prises dans les Ecritures ou dans la tradition rabbinique.
Le problème soulevé par Jésus était très réel, car les places autour de la table n’étaient pas assignées par le Maître de maison : chacun devait donc faire son choix à partir d’une évaluation rapide de son rang par rapport aux autres convives. Comme il était toujours possible que des invités plus importants se présentent à la dernière minute, la prudence exigeait de laisser quelques places libres en amont pour d’éventuels notables. Il était en effet plus honorable d’être appelé, au moment où le Maître donnait le signal du repas, à combler les places laissées vides, plutôt que de devoir céder son rang à un dignitaire surgissant au dernier moment.
Le débat peut sembler bien mondain et indigne d’une telle assemblée, et surtout d’un tel convive. Mais la question est abordée dans les Ecritures. Nous lisons en effet au livre des Proverbes : « Ne fais pas l’arrogant devant le roi et ne te tiens pas dans l’entourage des grands. Car mieux vaut qu’on te dise : “ Monte ici ! ” que de te voir humilié devant un notable » (Pr 25, 6-7). La tradition avait enrichi ce conseil d’autres considérations, qui constituaient autant de « recettes » pour éviter les humiliations et être mis en honneur aux yeux du plus grand nombre. Tous ces savants calculs n’avaient en fait plus rien de « religieux », mais n’étaient que des stratégies de préséance qu’il était bon de maîtriser au sein de cette microsociété dans laquelle le paraître était primordial. Il est donc peu probable que Jésus ait choqué en abordant ce sujet, qui constituait une véritable préoccupation pour les convives qui s’attablaient autour de lui.
La nouveauté de son enseignement ne tient d’ailleurs pas dans la solution, somme toute très traditionnelle, qu’il suggère. Mais en précisant qu’il s’agit de « noces », les pharisiens ont compris que Notre-Seigneur fait explicitement allusion au Royaume. Jésus place donc cette règle de convenance sociale dans une perspective eschatologique. Or la question de l’évaluation de notre « rang d’honneur » ne nous encombrera pas dans le Royaume : nul n’est digne de s’attabler au festin offert gratuitement par Dieu ! La seule attitude qui convienne, consiste à « avoir assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à soi-même » (Ph 2,3), et de choisir dès lors la dernière place, celle du publicain, en s’étonnant même d’avoir été admis en présence du Maître. Devant Dieu tous nos mérites ne sont que du vent. Aussi la suffisance est-elle notre pire ennemi, précisément parce qu’elle nous empêche de constater notre indigence et nous entretient dans l’illusion d’avoir des « droits » au salut. Un tel aveuglement exclut du Royaume, la participation aux noces étant réservée à ceux qui ont renoncé à toute justice propre pour s’en remettre à la seule miséricorde divine.
« Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » : selon un procédé littéraire usuel, le passif permet d’éviter de prononcer le nom de Dieu. C’est donc le Seigneur qui élève celui qui s’abaisse et abaisse celui qui s’élève. Nous retrouvons l’enseignement donné précédemment par Jésus, au cours duquel il nous encourageait à passer « par la porte étroite ». De même que les enfants parviennent à se faufiler par des ouvertures où l’adulte ne passe pas, ainsi l’homme humble, celui qui reconnaît n’avoir rien à faire valoir devant Dieu, trouvera accès à la salle de noces, alors que ceux qui sont grands à leurs propres yeux ne pourront y pénétrer : « En vérité je vous le déclare, qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant, n’y entrera pas » (Lc 18,17).
D’ailleurs, même s’ils étaient admis à la table où le Seigneur se donne en nourriture, les grands de ce monde reconnaîtraient-ils le don de Dieu ? Ne mépriseraient-ils pas ce simple pain qu’ils repousseraient comme une nourriture de misère, indigne d’eux ? Notre attitude devant l’Eucharistie est un bon lieu de vérification de notre « degré d’humilité ». Pouvons-nous faire nôtre la plainte du psalmiste : « “Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu” (Ps 41) dans sa demeure, pour le recevoir dans le Pain du ciel ? » Ou préférons-nous faire étalage, comme le pharisien de la parabole, des bonnes œuvres qui nous méritent le salut (Lc 18,11-12) ?
Que la Vierge Marie nous aide à trouver l’attitude juste devant Dieu, celle qui attire son regard et nous rend disponibles à accueillir sa grâce : « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse » (Lc 1,48).

« Seigneur ouvre mes yeux sur ma suffisance, surtout celle que je cache derrière des apparences d’humilité ; donne-moi de considérer les autres supérieurs à moi, et de choisir la place qui me revient : celle de serviteur de mes frères ; alors je pourrai entrer avec tous les saints, dans la liberté, la joie et la paix que tu réserves à tes amis. »


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