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 - 8 février 2023 - Saint Jean de Matha
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Homélie

lundi Saint.

Jésus fait une dernière halte dans la maison de ses amis de Béthanie. Le repas veut probablement célébrer la résurrection de Lazare : il marque la convivialité et l’amitié retrouvées. Le geste de Marie n’est pas banal : le flacon d’albâtre dans lequel était conservé le nard de grand prix était scellé, et devait donc nécessairement être brisé pour pouvoir répandre son contenu. L’amour qui se donne ne garde rien pour soi.
La logique calculatrice de Judas tranche sur le langage intuitif de la charité. La liturgie des trois premiers jours de la semaine qui nous achemine vers le triduum pascal, est d’ailleurs dominée par la figure de celui qui trahira son Maître, et dont l’intérêt pour « les pauvres » - selon le témoignage de l’évangéliste - relève plus du calcul que de l’élan du cœur. Prenant la défense de Marie, Jésus explicite l’interprétation funéraire de son geste et approuve son initiative : « Il fallait qu’elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement ». De plus en plus déconcertés, nous sommes tentés de répliquer : « Mais alors, Seigneur, pourquoi agrées-tu ce geste qui est posé “six jours avant la Pâque” ? » Cet anachronisme flagrant nous oblige à chercher un sens plus profond à cette scène insolite.
Avec l’intuition sûre de l’amour, Marie a pressenti quelque chose du mystérieux échange auquel le Seigneur a consenti pour ressusciter son frère : c’est parce qu’il a pris la place de Lazare dans le tombeau, que celui-ci a pu revenir à la vie. Aussi ce jour est-il bien celui de l’ensevelissement de Jésus. Cependant, la bonne odeur du parfum qui envahit la maison contraste singulièrement avec ce que déclarait Marthe devant le tombeau de son frère : « Seigneur il doit déjà sentir : il y a en effet quatre jours qu’il est enterré ». Nous sommes bel et bien dans un tombeau, mais d’un type particulier : le mort est vivant et exhale une odeur de parfum de grand prix !
Le geste de Marie est une confession de foi qui répond à la question que Jésus avait posée à sa sœur quelques jours plus tôt : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11,25-26). Si Jésus est venu épouser notre mort pour y répandre sa vie, alors son corps ne risque pas de connaître la corruption ; il est dès lors inutile de garder ce baume précieux pour en oindre un cadavre sur lequel la mort n’aura aucun pouvoir : mieux vaut l’offrir au Vivant comme une onction d’allégresse.
Les effluves nauséabonds de la mort qui empêchaient d’ouvrir le tombeau de Lazare, cèdent la place au parfum de la vie victorieuse et de la fraternité retrouvée. Tel est le grand miracle que le Seigneur est venu accomplir pour chacun de nous : il a arraché le voile de deuil et de tristesse qui recouvrait notre visage, et nous a arrachés à l’absurdité d’une vie vouée à la mort. Libérés de cette angoisse, nous pouvons maintenant nous tourner vers nos frères pour leur offrir le parfum de notre charité. La parole de Jésus : « Des pauvres vous en aurez toujours, mais moi vous ne m’aurez pas toujours » ne contredit en rien cette interprétation : Notre-Seigneur justifie le geste de Marie par le caractère unique et non répétitif de l’événement. L’amour porté de façon prioritaire au Seigneur doit nous aider à ne pas les servir « au pluriel », mais à découvrir en chacun d’eux, un « christ » unique à oindre.

« “Espère le Seigneur, sois fort et prends courage, espère le Seigneur” (Ps 26). Seigneur, donne-moi de pouvoir faire mienne cette prière du Psalmiste en toutes circonstances. Que les épreuves ne me découragent pas, mais que je me souvienne toujours que tu t’es enseveli dans chacune de mes morts, pour y répandre la bonne odeur de ta charité vivifiante et me donner part à ta résurrection. Donne-moi de transformer mes tombeaux en salle de noce, en lieu de culte où je peux dès à présent célébrer la liturgie du Dieu éternel, vivant et vrai. »


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