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 - 28 janvier 2023 - Saint Thomas d’Aquin
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Homélie

13e dimanche du Temps Ordinaire

À entendre la première lecture, le thème de ce dimanche paraît clair : le Seigneur appelle. Aujourd’hui comme hier, le Seigneur vient chercher derrière la charrue, c’est-à-dire au cœur de leur quotidien, des hommes de bonne volonté. Tel est l’exemple que nous donnent Élie et Élisée. Cet épisode rappelle immédiatement que l’appel de Dieu est souverain : Élisée ne peut pas s’y soustraire et Élie lui-même n’a rien à dire, alors qu’il s’agit de sa propre succession. En outre l’appel de Dieu est exigeant : Élie le fait rudement comprendre à Élisée qui demande à retourner pour embrasser ses parents.

Ces aspects, bruts et impressionnants, ne doivent pas occulter les autres. En effet, s’il est irrésistible, l’appel de Dieu ne s’impose pas à nous par la force. Élisée était en train de labourer douze arpents de terre et il en était au douzième, c’est-à-dire qu’il arrivait à l’accomplissement de son travail, à la plénitude d’une partie de sa vie. Le Seigneur vient à point nommé lui ouvrir de nouveaux horizons. Ensuite, le Seigneur appelle Élisée par l’intermédiaire du prophète Élie qui reste très discret. Il passe près de lui et jette son manteau. Aucune parole pour tenter de l’enrôler, aucun ordre pour obtenir sa soumission. Juste un geste prophétique qu’Élisée doit voir et interpréter selon son cœur. L’appel de Dieu est une prière adressée à l’homme.

Pour y répondre, l’homme doit cependant être libre. Cette liberté nous est acquise par le Christ. Saint Paul le dit dans la deuxième lecture : le Christ nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres. La liberté que nous croyons avoir est donc illusoire, nous ne sommes pas vraiment libres. Nous ne sommes vraiment libres que lorsque nous pouvons pleinement répondre à l’appel de Dieu sur nous. Le lieu du combat est là et le temps peut être long entre le moment où Dieu appelle et le temps où l’homme accueille la grâce de répondre librement. Ainsi, dans un premier mouvement, Élisée se replie sur son passé, il cherche à rester dans la sécurité de la maison familiale. Mais, voilà qui est rassurant pour nous, le don de Dieu est sans repentance. Élie dénonce fermement la fuite en arrière d’Élisée, mais il ne reprend pas le manteau qu’il a donné. Dans cette confiance accordée malgré les résistances, dans cette parole fraternelle qui oriente dans la bonne direction, Élisée trouve la force de se ressaisir et de tout abandonner. Il brûle tout ce qu’il possède pour se consacrer entièrement au Seigneur. Cet détachement est une joie pour tous et se célèbre par un festin.

De même, dans l’évangile, trois hommes sont appelés. Mais leur histoire est un peu différente. Il n’est question que de l’appel de Dieu mais jamais de leur réponse. Il ne s’agit donc pas à proprement parler de récits d’appel. La liturgie nous invite donc à une méditation plus vaste que l’appel individuel et la réponse personnelle que nous y apportons.

La question que pose le premier homme ouvre en effet notre méditation à la dimension communautaire de l’appel. D’abord, il n’est pas appelé par Jésus mais il vient de lui-même demander à être un de ses disciples. Cette attitude est tout à fait banale. Il était d’usage en effet qu’on sollicite un rabbin pour lui demander d’entrer dans son école. Mais Jésus n’habite pas dans une école particulière, il n’a pas de condition stable, lui qui vient de se faire rejeter à l’entrée d’un village. Jésus habite le chemin, il est toujours plus loin. Entrer à son école est donc se mettre en route, renoncer à être quelqu’un d’établi, qui peut compter sur un patrimoine ou sur une réputation. Cet abandon à la contingence n’est pas un acte d’héroïsme personnel, il est un compagnonnage. Les disciples suivent Jésus ensemble, ils adoptent ensemble sa condition pour n’être jamais séparés de lui. Pour avancer sur cette route, il faut se décider seul, mais il est impossible d’avancer seul.

Le deuxième homme est une exception. Jésus l’appelle lui-même. « Suis-moi ». Cet homme est donc appelé à entrer d’une manière particulière dans l’alliance d’amour scellée par le sang du Seigneur. À lui, Jésus demande le renoncement le plus terrible : ne pas retourner enterrer ses propres parents. Cette exigence montre que se mettre au service du Royaume entraîne toujours une rupture radicale qui ne va pas sans souffrance. Les renoncements que nous avons faits pour Jésus sont donc une bonne mesure de l’amour que nous lui portons. Mais cette fois encore, il n’est pas question de s’appuyer sur ses propres forces. Nous ignorons la réponse de cet homme, mais il est certain que sa seule force réside dans l’appel même du Seigneur.

Le troisième homme propose à Jésus une fidélité sous condition. Nous savons déjà par la première lecture ce qu’il faut penser de cette attitude. Mais là encore, la relation n’est pas strictement individuelle. Il s’agit pour Jésus de mettre la main à la charrue, c’est-à-dire de se mettre au service des autres en préparant le champ où le blé sera récolté par d’autres. Cette précision éclaire la précédente. Le renoncement à sa famille n’est pas un reniement, il est une ouverture à une autre famille, qui n’exclue pas la première mais la dépasse. La famille de Dieu concentre notre attention car elle est le lieu de la présence du Seigneur. Les liens qui unissent ses membres sont donc plus profonds et plus solides que ceux d’une famille naturelle.

En somme, la première vertu de cet évangile est peut-être de nous rappeler que la vie ne consiste jamais à mettre les pieds sous la table. Rares sont ceux qui peuvent céder à cette illusion, mais nombreux sont ceux qui imaginent pouvoir puiser à pleines mains dans le trésor de la vie. Rêver à ce dont on pourrait user pour soi-même n’est en effet pas réservé aux égoïstes : on peut chercher honnêtement comment se construire et y travailler activement. Mais Élie surgissant dans la vie d’Élisée nous rappelle qu’il faut se laisser défier par la vie. Nous vivons tous une histoire commune, les uns en lien avec les autres. Il ne suffit pas de se demander ce qu’on voudrait, il faut aussi se demander à quoi on pourrait participer. Car on s’accomplit dans ce qu’on reçoit des autres comme dans ce qu’on leur donne. Dans cette nécessaire ouverture, l’appel de Dieu peut s’exprimer et se réaliser.

Frères et sœurs, offrons au Seigneur de réaliser son rêve. Achevons aujourd’hui la révolution intérieure qui nous fait renoncer à nos attachements, à nos sécurités, à nos droits, pour nous revêtir du manteau du prophète, pour nous revêtir du tablier du serviteur. C’est à genoux devant nos frères, occupés à leur laver les pieds, que nous ressemblons le plus facilement à notre Seigneur. La grandeur du Royaume se révèle dans ceux qui savent se faire petits. Alors l’appel des uns ne peut plus être vécu comme le rejet des autres, la mission des uns n’est plus accomplie au détriment des autres. Nous sommes désormais unis, au sein d’une même famille, celle des enfants de Dieu qui s’assemblent autour de cet autel pour l’appeler, d’un seul cœur, « Notre Père ».


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